Le Rwanda arrête le chef rebelle congolais Laurent Nkunda, son «protégé»

Laurent Nkunda
Photo: Agence Reuters Laurent Nkunda

Il s'y voyait déjà, à Kinshasa. En novembre dernier, alors que ses soldats campaient aux portes de Goma, au Nord-Kivu, après avoir mis en déroute les troupes gouvernementales, le général rebelle Laurent Nkunda multipliait les discours «présidentiels». Ce Tutsi congolais de 41 ans promettait de renverser le régime de Joseph Kabila, de mettre fin à la corruption, de restructurer l'armée nationale... Tout ça pour le bien de ses concitoyens, et avec l'aide de Dieu.

Hier, cet homme longiligne, toujours muni d'une canne à pommeau d'aigle, a été appréhendé très loin de Kinshasa, au Rwanda voisin, où il tentait de se réfugier. Il a été placé en résidence surveillée par le régime de Paul Kagamé, son ex-meilleur allié. Kinshasa, qui l'accuse de crimes de guerre, a demandé son extradition.

Laurent Nkunda apparaît ainsi comme la première victime d'un «deal» spectaculaire passé entre Kinshasa et Kigali. Les Rwandais entrent au Congo avec l'aval de Kinshasa pour chasser les anciens «génocidaires» hutus réfugiés dans la région depuis 1994. En échange, ils neutralisent le rebelle tutsi devenu l'homme à abattre pour le régime de Kabila. Ainsi, jeudi, au lieu de filer vers l'Ouest, où sont établis les hutus du FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda), les forces rwandaises ont brusquement bifurqué vers le nord-est, en direction du fief de Nkunda.

«Les Rwandais ont donné un gage au président congolais, qui a pris de gros risques politiques en laissant entrer les hommes de Kagame dans l'est du Congo», souligne un expert. Depuis la chute de Mobutu, provoquée en 1997 par une rébellion parrainée par Kigali, le Rwanda est accusé par une large partie de la population congolaise de vouloir s'emparer des richesses minières de l'Est, voire d'une partie du territoire national.

Jusqu'ici, Laurent Nkunda était largement considéré comme une «marionnette» des Rwandais. «C'était un simple pion sur l'échiquier régional, confie un diplomate. Il a été sacrifié sans état d'âme par Kigali à la demande expresse de Kabila.» Son biographe, Stewart Andrew Scott , qui le qualifie de «rebelle émancipé», n'en croit rien: selon lui, il aurait précipité sa chute pour avoir refusé d'entériner le virage à 180 degrés de Kigali.

Seule certitude, Nkunda a bien été lâché par son parrain rwandais, sans lequel il n'aurait jamais pu tenir tête aussi longtemps à Kinshsa. L'ex-général, né au Congo dans une famille d'agriculteurs tutsis, a été formé par Kagame, dont il a épousé les combats au Rwanda d'abord, puis au Congo. Durant des années, il a servi fidèlement les desseins de Kigali, tout en se revendiquant congolais. En 2004, après la signature d'accord de paix au Congo, Nkunda avait refusé de réintégrer l'armée nationale, craignant d'être éliminé. Il aura finalement été trahi par ses amis.

Nkunda neutralisé, Kigali s'appuie désormais sur son ancien bras droit militaire, Bosco Ntaganda. Un homme recherché par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre.

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