«Funérailles grandioses» pour Conté

Conakry — Le chef des putschistes qui s'est emparé du pouvoir quelques heures à peine après le décès de Lansana Conté avait promis des «funérailles grandioses» à l'homme fort qui dirigea la Guinée pendant 24 ans. Mais lui-même était étrangement absent de ce dernier hommage rendu au dictateur défunt par des dizaines de milliers de personnes rassemblées dans un stade de Conakry.

Cette absence du capitaine Moussa Camara a surpris, et relancé les conjectures sur les querelles internes aux putschistes.

La dépouille présidentielle était arrivée au stade dans un convoi de plusieurs dizaines de 4x4, escorté par les hommes de la Garde présidentielle, portant béret rouge et restée loyale à Conté jusqu'au bout. Des milliers de personnes vêtues de blanc, couleur du deuil, étaient rassemblées devant le parlement, où un éloge funèbre a été prononcé par Facinet Touré, un des compagnons d'armes de Lansana Conté, qui se trouvait à ses côtés lors du putsch de 1984. En présence des présidents des pays voisins, Sierra Leone, Liberia et Guinée-Bissau, du président de la Commission de l'Union africaine Jean Ping et des ministres du président défunt, il a demandé aux Guinéens de pardonner à ce dernier «tout ce qu'il a fait qui n'était pas bien». Le service d'ordre a repoussé à coups de ceinturon la foule qui tentait de s'approcher.

Aux côtés de deux des trois épouses du défunt et de son fils, des dizaines de milliers de personnes ont ensuite rendu hommage à Conté dans un stade de Conakry, en présence du numéro deux de la nouvelle junte, le colonel Toto Camara. N'expliquant pas les raisons de l'absence du chef putschiste, le seul responsable du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) présent a voulu «rassurer» les Guinéens: «Nous garantirons votre bien-être», a-t-il dit.

La dépouille de Conté — dont l'âge exact n'était pas connu, mais qui était estimé à 74 ans — devait ensuite être conduite à la Grande mosquée. Arrivé au pouvoir par un coup d'État en 1984 une semaine après la mort du premier président de la Guinée indépendante, Conté avait succédé à Ahmed Sékou Touré, le dictateur à la poigne de fer, qui avait imposé au pays un régime socialisant et de plus en plus paranoïaque.

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