Quelques heures après le décès du président Lansana Conté - Tentative de putsch en Guinée

Des soldats guinéens patrouillaient hier dans les rues de Conakry.
Photo: Agence France-Presse (photo) Des soldats guinéens patrouillaient hier dans les rues de Conakry.

Conakry — Une partie de l'armée s'est soulevée en Guinée hier quelques heures après la mort du président Lansana Conté, qui a dirigé d'une main de fer pendant près d'un quart de siècle ce pays d'Afrique de l'Ouest.

Le chef de l'armée, le général Diarra Camara, a affirmé à la chaîne de télévision France 24 que les putschistes étaient minoritaires. De source gouvernementale à Conakry, on précisait que des négociations étaient en cours au camp militaire Alpha Yaya Diallo, dans les faubourgs de la capitale, entre loyalistes et mutins.

En début de matinée, quelques heures seulement après l'annonce officielle de la mort de Lansana Conté, un officier de l'armée guinéenne, le capitaine Moussa Davis Camara, a lu un communiqué à la radio nationale: «À compter d'aujourd'hui, la Constitution est suspendue, ainsi que toute activité politique et syndicale. Le gouvernement et les institutions républicaines sont dissous.»

Le capitaine a ensuite longuement justifié le coup de force par «le désespoir profond de la population», dans un grand pays ouest-africain pauvre malgré «les immenses ressources naturelles dont il est doté».

Le gouvernement n'est pas dissous, a plus tard assuré le premier ministre Ahmed Tidiane Souaré. «Je suis sûr qu'ils [les putschistes] reviendront à la raison. Ils n'ont pas utilisé la force. Il n'y a de menace contre personne», a-t-il affirmé.

Quant au chef d'État major de l'armée guinéenne, le général Diarra Camara, il a de nouveau lancé dans l'après-midi un appel au calme à ses «chers compagnons d'armes». Et il s'est montré surpris que les putschistes n'aient pas attendu, avant d'agir, que les obsèques du président aient eu lieu.

Si aucune violence n'a été signalée dans le pays, une certaine confusion était perceptible dans l'après-midi parmi les putschistes. Des tractations ont eu lieu au camp Alfa Yaya Diallo, le plus grand du pays, et une majorité de putschistes ont choisi comme chef le lieutenant-colonel Sekouba Konaté, commandant du bataillon autonome des troupes aéroportées (Bata), principale unité d'élite de l'armée, selon des militaires loyalistes.

Dans l'ensemble, la capitale était calme, quasiment indifférente aux événements, la plupart des habitants se préoccupant davantage de leur survie quotidienne. Aucune manifestation n'a été signalée dans la ville où tous les magasins avaient été fermés par crainte de pillages. Une situation qui contrastait avec la fièvre des grandes manifestations populaires du début 2007: les Guinéens avaient alors osé exprimer en masse leur espoir de changement, dénonçant les «prédateurs de l'économie nationale». La répression avait fait 186 morts selon les ONG.

Le général Conté, 74 ans, arrivé au pouvoir en 1984 à la faveur d'un coup d'État militaire, peu après la mort du «père de l'indépendance» Ahmed Sekou Touré, s'était toujours appuyé sur l'armée pour asseoir son autorité. Il vivait le plus souvent reclus ces dernières années, souffrant notamment de diabète. Il avait, dit-on, dans les 74 ans et il s'était rendu à de nombreuses reprises à l'étranger depuis 2002 pour des traitements médicaux, que ce soit au Maroc, à Cuba ou en Suisse.

Le premier ministre, Ahmed Tidiane Souaré, le président de l'Assemblée Aboubacar Somparé, le chef des forces armées Diarra Camara et d'autres hauts responsables étaient apparus dans la nuit à la télévision nationale à l'annonce de sa mort.

La Constitution prévoit l'organisation d'une élection présidentielle dans un délai de 60 jours pour trouver un successeur à Conté, qui n'a jamais clairement désigné de dauphin. Somparé a également annoncé un deuil national de 40 jours.

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