Famine - La situation redevient critique en Éthiopie

Un petit Éthiopien attendant dans un centre de Médecins Sans Frontières en septembre. Un million d’enfants de moins de cinq ans sont venus grossir ces derniers mois les rangs des Éthiopiens ayant besoin d’une aide alimentaire d’urgence.
Photo: Agence France-Presse (photo) Un petit Éthiopien attendant dans un centre de Médecins Sans Frontières en septembre. Un million d’enfants de moins de cinq ans sont venus grossir ces derniers mois les rangs des Éthiopiens ayant besoin d’une aide alimentaire d’urgence.

La malédiction s'acharne sur l'Éthiopie. Hier, l'Unicef a tiré la sonnette d'alarme devant la crise alimentaire qui empire dans cette région de l'Afrique. Entre avril dernier et aujourd'hui, plus de quatre millions de personnes sont venues en effet agrandir les rangs des Éthiopiens ayant besoin d'une aide alimentaire d'urgence. De ce nombre, un million sont des enfants de moins de cinq ans.

La catastrophe humanitaire envisagée pourrait d'ailleurs être pire que celle de 1984, mais la sensibilisation de l'opinion publique n'est pas une sinécure, reconnaît le Fonds des Nations unies pour l'enfance.

«Il faut crier fort pour se faire entendre, lance Miriam Azar jointe hier au téléphone par Le Devoir au bureau de l'Unicef à New York. Le caractère chronique de la famine éthiopienne ne nous aide pas, tout comme la crise financière dans les pays d'ordinaire donateurs.»

Pourtant, du bureau de l'organisme à Addis-Abeba, la capitale de l'Éthiopie, les chiffres sont loin d'être rassurants, selon elle. «La situation est très grave: à cause de la sécheresse, mais aussi de l'augmentation du prix des matières premières dans les dernières années, le nombre de personnes vulnérables ne cesse d'augmenter depuis le printemps dernier.» Et malgré les mesures d'urgence mises en place par le gouvernement éthiopien, l'Organisation des nations unies (ONU) et les organismes non gouvernementaux (ONG), ajoute Mme Azar, la crise est loin d'être surmontée.

Dans ce pays de 82 millions d'habitants, en effet, chaque année près de 6 millions d'habitants sont considérés comme des «personnes vulnérables» en matière alimentaire. À ce groupe, il faut désormais ajouter 6,4 millions de nouveaux Éthiopiens, des paysans pour la plupart, que l'on décrit comme étant en situation de malnutrition aiguë depuis le début de 2008. Ils étaient 2,4 millions, il y a huit mois à peine. Le sud du pays, les hauts plateaux de l'Abyssinie, le Tigré, le Wollo mais aussi la région Afar, à la frontière avec l'Érythrée, sont les coins les plus touchés.

Pour endiguer la crise, mais surtout pour livrer l'aide alimentaire dite thérapeutique aux enfants, l'Unicef dit avoir besoin d'environ 65 millions de dollars. «Les ressources humaines et techniques sont déjà déployées, explique Mme Azar. Ce qui manque, c'est l'argent.» Pour le moment, 45 millions ont, malgré le silence du drame, été amassés. Le Fonds est toutefois toujours à la recherche de 20 millions pour mener à bien sa mission sur le terrain.

Pour plusieurs observateurs, la nouvelle crise alimentaire qui sévit actuellement en Éthiopie laisse croire, depuis quelques mois, qu'elle pourrait être pire que celles qui ont ravagé ce pays africain en 1984 et 1985. À cette époque, deux famines successives induites par deux insurrections et une sécheresse avaient entraîné la mort d'un million de personnes, dont une majorité d'enfants.

Ce pays, où l'espérance de vie est, à 41 ans, une des plus basses du monde, a fait face à la famine également en 1992, 1996 puis en 2003 époque à laquelle l'artiste britannique Bob Geldof avait une nouvelle fois pris la guitare pour sensibiliser le monde à la détresse éthiopienne. C'était il y a cinq ans: 13 millions de personne souffraient alors de la famine, plus de 100 000 n'y ont pas survécu.

Le sombre portrait éthiopien dressé hier par l'Unicef a été confirmé début décembre par l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation (FAO) qui, lors d'une réunion à Rome, en Italie, a estimé à 963 millions le nombre de personnes sur la planète forcées de composer avec la sous-alimentation en 2008, soit une croissance de 40 millions par rapport à l'année précédente. 15 % de ces nouvelles victimes vivent en Éthiopie. C'est également en Inde, en Chine, au Congo, au Bangladesh, en Indonésie et au Pakistan que la malnutrition fait le plus de ravages. Et l'actuelle crise économique et financière pourrait encore faire grimper les chiffres de la famine, craint la FAO.

«Les prix des denrées alimentaires ont chuté depuis le début de l'année, mais cela n'a pas mis fin à la crise alimentaire dans beaucoup de pays pauvres, a déclaré le sous-directeur général de l'organisme international, Hafez Ghanem. Pour des millions de personnes dans les pays en développement, manger le minimum requis pour mener une vie saine et active reste un rêve lointain. Les problèmes structurels de la faim et du manque d'accès à la terre, au crédit et à l'emploi, ainsi que les prix élevés des denrées alimentaires demeurent une réalité cruelle.»

En 1996, alors que 820 millions d'affamés survivaient sur la surface du globe, le Sommet mondial de l'alimentation s'est donné pour objectif de réduire de moitié le nombre de sous-alimentés d'ici à 2015, soit dans sept ans. Un objectif qui désormais nécessite «une forte volonté politique» et des investissements «d'au moins 30 milliards de dollars par an pour l'agriculture et la protection sociale» dans les pays pauvres, souligne la FAO.

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