Zimbabwe - L'armée donne des signes de mutinerie

La Banque centrale du Zimbabwe a annoncé hier l’émission d’un nouveau billet valant 100 millions de dollars.
Photo: Agence Reuters La Banque centrale du Zimbabwe a annoncé hier l’émission d’un nouveau billet valant 100 millions de dollars.

Le moment est venu pour les gouvernements africains de montrer la sortie à Robert Mugabe. Les propos du premier ministre kényan Raila Odinga sont parmi les plus virulents qu'ait tenus à ce jour un leader africain à l'égard du président zimbabwéen. Le processus de partage du pouvoir «est mort au Zimbabwe et ne va pas fonctionner avec un dictateur qui n'y croit pas vraiment», a-t-il déclaré à la BBC.

En faisant une croix sur les négociations de partage de pouvoir qui traînent depuis septembre entre Mugabe et le leader de l'opposition, Morgan Tsvangirai, le premier ministre kényan paraît signaler que la patience dont fait preuve depuis des années la communauté africaine a atteint ses limites face au vieux dictateur de 84 ans. Le plus patient, malgré toutes les exactions commises par Mugabe contre la dissidence, aura été Thabo Mbeki, président fraîchement déchu d'Afrique du Sud. Aussi, soulignait hier la correspondante de la BBC, M. Odinga a-t-il eu des discussions avec Jacob Zuma, nouveau dirigeant de l'ANC et favori de la présidentielle sud-africaine de l'année prochaine. «Je crois fermement que si les dirigeants d'Afrique du Sud prenaient une position ferme et disaient à M. Mugabe de partir, il n'aurait pas d'autre choix que de le faire», a-t-il déclaré, se disant certain que M. Zuma «n'aurait pas d'hésitation à franchir ce pas.»

L'armée

Que M. Odinga tienne ces propos est d'autant plus intéressant qu'il est lui-même devenu premier ministre dans le cadre d'une entente de partage de pouvoir avec le président Mwai Kibaki, conclue en mars dernier sous parrainage international après des mois de violences interethniques au Kenya.

Ses déclarations coïncident par ailleurs avec des informations voulant que l'armée zimbabwéenne, pilier du régime que Mugabe a toujours pris soin de mettre à l'abri de la descente aux enfers économique qui touche le commun des citoyens du pays, donne des signes inédits de révolte. Le quotidien sud-africain Business Day rapportait hier depuis Johannesburg que des soldats en colère portant l'uniforme étaient pour la première fois descendus dans la rue, à au moins deux reprises cette semaine, pour réclamer de meilleurs salaires (ils sont payés 3 $ par mois) et dénoncer leurs conditions de vie dans les baraquements. Leur colère a viré au vandalisme, au pillage et à l'émeute. Des dizaines de soldats auraient été arrêtés par la police militaire, alors que Mugabe aurait réuni d'urgence les chefs de la sécurité d'État.

Une excellente organisation de terrain, le Institute for War & Peace Reporting (IWPR), soutient de son côté, depuis Harare, que les manifestations se généralisent et que des citoyens ordinaires s'y joignent spontanément. Lundi, selon l'IWRP, une centaine de soldats ont attaqué les changeurs illégaux de devises étrangères de la terminale d'autobus de Market Square, dans le centre-ville de la capitale. La Banque centrale du Zimbabwe, en faillite, s'approvisionne sur une base régulière en devises au marché noir.

Le début de la fin?

Des analystes voient dans ces manifestations, qui se jouxtent à celles, incessantes, des fonctionnaires de l'État, le début de la fin pour M. Mugabe. «La situation devient rapidement explosive», a déclaré l'un d'eux à l'IWRP. Sauf que l'homme a plus d'une fois été enterré au cours des dernières années. Il tient toujours, même si des voix dissidentes ont commencé à se manifester à l'intérieur même de son ZANU-PF, s'il semble de moins en moins capable d'acheter le soutien de l'armée, si l'inflation est de 231 millions pour cent et si 80 % de la population est au chômage. La Banque centrale a annoncé qu'elle mettrait aujourd'hui en circulation des billets de 100 millions de dollars zimbabwéens.

À la catastrophe économique vient de s'ajouter l'apparition d'une épidémie de choléra qui a fait à ce jour au moins 565 morts. Le gouvernement a reconnu mercredi qu'il s'agissait d'une «urgence nationale» et a lancé un appel à l'aide internationale. Londres a débloqué 18 millions de dollars. «Nos hôpitaux ne fonctionnent pas», a reconnu le ministre zimbabwéen de la Santé. Et l'eau est coupée depuis dimanche presque partout à Harare: les autorités ne peuvent plus assurer qu'elle est potable.

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