L'Église congolaise lance un S.O.S

Mince espoir de dialogue dans l'est du Congo-Kinshasa, mis à feu et à sang depuis la fin août par la milice de Laurent Nkunda, seigneur de guerre financé par le Rwanda. Julien Paluku, gouverneur du Nord-Kivu, avait proposé lundi à Nkunda d'ouvrir des négociations de paix. Après s'y être catégoriquement refusé, le chef rebelle s'est déclaré hier disposé à établir avec lui des «contacts d'information».

Où mènera la tentative du gouverneur? L'espoir est que ce revirement entrouvre une porte à la pacification du Nord-Kivu, la province congolaise qui a replongé dans la guerre. À Kinshasa, le président Joseph Kabila, pour lequel il n'est pas question d'engager des pourparlers avec le seul CNPD de Laurent Nkunda, a toutefois accueilli avec beaucoup de tiédeur l'«initiative locale» de Paluku. Le président réclame toujours, comme du reste la société civile congolaise, que Nkunda s'intègre au cadre de négociations établi en janvier dernier par les prometteurs accords de Goma, signés au départ par l'ensemble des groupes armés de la région.

Au demeurant, le CNPD, qui souffle plus souvent le froid que le chaud, peut continuer de faire peser contre ses adversaires son avantage militaire: armés et financés par le gouvernement rwandais et des gens d'affaires tutsis, ses 5000 à 6000 hommes font face à une armée congolaise complètement désorganisée et à une MONUC (Mission des Nations unies en République démocratiques du Congo) qui ne sort pas, ou si peu, de ses baraquements.

«La MONUC se dit débordée par les événements, sauf quand il s'agit de compter les morts. Elle a si peu de crédibilité que le sentiment dans la population est qu'elle est de connivence avec Nkunda», dit soeur Marie-Bernard Alima Mbalula. Originaire du Sud-Kivu, cette religieuse engagée fait partie d'une délégation de l'Église catholique du Congo, qui passe ces jours-ci par Ottawa — en pleine crise parlementaire — pour tenter de sensibiliser le gouvernement Harper à l'urgence de mettre fin aux exactions, viols et massacres commis massivement au Nord-Kivu. Rien ne changera, dit la soeur, sans un engagement «sincère» de la part de la communauté internationale. Or, il se trouve que l'Occident, affirme-t-elle, joue dans l'est congolais un rôle terriblement «ambigu».

Aussi, l'Église congolaise, qui lançait récemment un cri d'alarme contre ce qu'elle appelle le «génocide silencieux» en train d'être commis dans l'est de la RDC, milite-t-elle pour la création d'une force additionnelle d'imposition de la paix, sur le modèle de l'opération Artémis, qui avait été déployée avec succès en 2003 à Bunia, en Ituri, par l'Union européenne. Le Canada y avait contribué par une force modeste de 60 soldats. Le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, que la délégation congolaise a rencontré mardi, «s'est montré attentif et a reconnu qu'il y avait urgence», nous résumait hier la religieuse, avec diplomatie.

Cette force d'imposition, dont la MONUC souhaite la création, n'est encore pour l'instant qu'une lointaine possibilité. Mardi soir, le ministre belge des Affaires étrangères, Karel de Gucht, a estimé qu'il n'était «pas possible pour l'instant» de monter cette mission: «Aucun pays n'est prêt à en prendre la tête.» Mercredi, le diplomate en chef de l'Union européenne, Javier Solana, a reconnu que cette option n'était pas à l'ordre du jour de l'UE.

Non pas qu'une telle force serait une panacée. Sur le fond, dit soeur Marie-Bernard Alima Mbalula, une paix durable dans la région passe par des pressions internationales sur Kigali, afin que les vivres soient coupés à Nkunda, et par la déconstruction d'une économie de guerre fondée sur le pillage de tous bords des immenses ressources naturelles que renferme la région.

En attendant, plus d'un million de personnes ont été déplacées depuis 2006 par les conflits croisés. C'est le quart de la population du Nord-Kivu. Quelque 250 000 l'ont été durant les seuls trois derniers mois. «J'étais récemment dans un camp de réfugiés près de Goma, raconte la soeur. Des gens sous la pluie, sans bois pour se chauffer, sans rien à manger. Ils ont fui leur terre, les récoltes sont perdues. J'ai vu la mort dans leurs yeux.»

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