RDC - La rébellion poursuit sa progression

Un soldat de l’armée congolaise capturé par les rebelles près de Kiwanja hier.
Photo: Agence Reuters Un soldat de l’armée congolaise capturé par les rebelles près de Kiwanja hier.

Goma — La rébellion de Laurent Nkunda a progressé d'au moins 20 km dans l'est de la République démocratique du Congo, à la faveur de pillages et d'un nouveau revers de l'armée congolaise, et se trouvait hier aux portes d'une ville stratégique de la province du Nord-Kivu.

«Nous sommes à l'entrée de Kanyabayonga», à 100 km au nord de Goma, la capitale du Nord-Kivu, a affirmé le porte-parole du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP, rébellion), Bertrand Bisimwa.

Selon des sources concordantes, les rebelles étaient plus précisément à une dizaine de kilomètres dans la périphérie sud de Kanyabayonga, verrou stratégique vers lequel convergent les principales routes du Nord-Kivu et qui contrôle l'accès à toute la partie nord de la province.

La Mission des Nations unies en RDC (MONUC), qui dispose d'une base à Kanyabayonga et qui est de plus en plus accusée d'inaction pour son incapacité à protéger les civils, n'a pas confirmé ces informations, indiquant simplement que la situation était restée calme dans le secteur. Les Casques bleus et les Forces armées de RDC (FARDC, armée) «ont renforcé leurs positions sur Kanyabayonga», a précisé le porte-parole militaire de la mission onusienne, le lieutenant-colonel Jean-Paul Dietrich.

À Kibati

Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a pour sa part annoncé hier que des dizaines de milliers de Congolais réfugiés à Kibati doivent être rapidement évacués parce que cette localité de l'est de la République démocratique du Congo (RDC) est devenue une ligne de front.

Plus de 65 000 réfugiés qui ont fui les combats des dernières semaines sont rassemblés dans des conditions précaires au pied du volcan Nyiragongo, à quelques kilomètres seulement de la ligne de front entre troupes régulières congolaises et rebelles tutsis du général Laurent Nkunda.

Des tirs d'armes lourdes ont interrompu à plusieurs reprises la distribution de l'aide aux réfugiés par les organisations humanitaires et provoqué un nouvel exode de réfugiés vers Goma, le chef-lieu de la province du Nord-Kivu, 10 km plus au sud.

Après l'humiliante défaite du 29 octobre à Goma, et alors que les rebelles campent depuis aux portes nord de cette ville d'un demi-million d'habitants, l'armée congolaise connaît donc un nouveau revers qui laisse la MONUC en première ligne. La progression des rebelles vers Kanyabayonga s'est faite sans combat d'envergure, les soldats de l'armée régulière ayant déjà fui, selon le porte-parole de la rébellion.

Sans combattre

En deux jours, les rebelles se sont emparés pratiquement sans combattre d'au moins trois localités (Nyanzale, Kikuku et Kibirizi) qui marquaient jusqu'alors la ligne de front, faisant une percée vers le nord d'une vingtaine de kilomètres, selon deux sources indépendantes.

Lundi, le chef rebelle Laurent Nkunda avait réaffirmé respecter le cessez-le-feu décrété unilatéralement fin octobre par son mouvement, assurant ne faire que riposter aux attaques de l'armée.

Au moins 12 000 Congolais ont fui l'est de la République démocratique du Congo (RDC), théâtre de violents combats entre les rebelles de Laurent Nkunda et l'armée congolaise, pour trouver refuge en Ouganda, a annoncé hier l'ONU. 2000 réfugiés sont entrés en Ouganda mardi, portant à 12 000 le nombre de réfugiés congolais dans ce pays depuis la reprise des combats le 28 août entre la rébellion et l'armée régulière, a annoncé le Haut commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR).

L'Église catholique congolaise a par ailleurs appelé à la cessation immédiate des hostilités et estimé, en référence à la MONUC, regrettable que les violences «se déroulent sous l'oeil impassible de ceux qui ont reçu le mandat de maintenir la paix et de protéger la population civile».