République démocratique du Congo - Un peu d'espoir pour les déplacés

Des déplacés congolais se sont rendus hier à une centre d’aide à Kibati, au nord de Goma.
Photo: Agence Reuters Des déplacés congolais se sont rendus hier à une centre d’aide à Kibati, au nord de Goma.

La violence qui a fait rage en octobre dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC) a provoqué une nouvelle crise humanitaire dans cette région déjà durement éprouvée par un conflit qui sévit depuis plus de dix ans.

On parle de centaines de milliers de personnes (250 000, selon certaines sources) qui ont dû fuir leur domicile en raison des combats ayant opposé récemment, dans la province du Nord-Kivu, un groupe rebelle à l'armée régulière appuyée par une milice.

L'accès à ces populations déplacées reste difficile, mais l'accalmie observée depuis le renforcement de la présence de Casques bleus de l'ONU dans la région, il y a une semaine, redonne un peu d'espoir aux travailleurs humanitaires chargés de distribuer des vivres et des médicaments, ainsi que des abris, tout aussi essentiels pendant la saison des pluies.

«La situation change d'heure en heure. Une bonne partie des gens, de l'autre côté du front, ne peuvent pas être rejoints. Nous devons attendre le moment opportun pour y aller. Encore lundi, des convois ont dû rebrousser chemin en raison de tirs», a dit hier Constance Smith, directrice, Santé et Nutrition, de Vision Mondiale en RDC au cours d'une entrevue téléphonique.

Population dispersée

«Les gens ont fui dans toutes les directions, certains sont allés dans la brousse, d'autres ont gagné la ville de Goma», a précisé cette infirmière et sage-femme jointe à Gysenie, au Rwanda, à quelques kilomètres de Goma, chef-lieu de la province congolaise du Nord-Kivu.

«Nous avons distribué de la nourriture et des abris à 140 000 personnes au cours des derniers jours», a dit de son côté Marcus Prior, agent d'information du Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU à Goma, également joint hier au téléphone.

«Si le calme continue de prévaloir, nous espérons distribuer de l'aide à Rutshuru et à Kiwanja, où des combats importants ont fait rage entre le CNDP et les milices Maï-Maï», a ajouté M. Prior, qualifiant toutefois la situation d'«instable».

Le CNDP (Congrès national pour la défense du peuple), dirigé par Laurent Nkunda, un ancien officier de l'armée congolaise, affirme vouloir défendre la minorité tutsi de RDC contre les miliciens hutus rwandais qui s'y trouvent. Le terme «Maï-Maï» désigne par ailleurs une constellation de forces irrégulières apparues au milieu des années 1990.

Combien de personnes sont affectées par ce nouvel épisode du conflit congolais? «C'est difficile à dire, répond Marcus Prior. Nous essayons de comprendre dans quelle direction les gens se sont enfuis et une procédure d'inscription est en cours.»

Cette dernière vague de violence au Nord-Kivu a été marquée par de nombreuses exactions commises contre des civils, présumément par les deux parties en conflit.

Les pillages

Hier, le gouvernement congolais a promis de «châtier» les soldats qui se sont livrés, au début de cette semaine, à des pillages dans certaines localités du Nord-Kivu.

Des pilleurs avaient déjà visé des pharmacies de la région le 29 octobre, aggravant une pénurie chronique de médicaments dans les hôpitaux, a signalé Constance Smith de Vision Mondiale.

Cette dernière, qui vit depuis 2005 dans l'est de la RDC où elle a épousé un pasteur congolais, s'est dite très déçue de voir que les Casques bleus de l'ONU n'arrivent pas à empêcher les atrocités «qui se produisent presque sous leurs yeux».

Même si elle appelle de ses voeux un renforcement de la mission de l'ONU, Mme Smith croit que «ce n'est pas seulement la communauté internationale qui peut faire quelque chose». «Dimanche dernier, les citoyens de Goma ont répondu en masse à l'invitation des pasteurs de la ville d'héberger des familles de réfugiés, a-t-elle raconté. Les Congolais ont beaucoup de compassion.»

Depuis 1998, la «deuxième guerre du Congo», qui a officiellement pris fin en 2002, a fait plus de quatre millions de morts, directement ou indirectement.

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Avec l'Agence France-Presse