L'armée s'est livrée à des pillages à grande échelle - Les combats reprennent en RDC

Des soldats rebelles sont allés renforcer hier la ligne de combat au nord de Goma.
Photo: Agence Reuters Des soldats rebelles sont allés renforcer hier la ligne de combat au nord de Goma.

Goma — Des tirs ont été signalés hier soir sur la ligne de front à la périphérie nord de Goma. Les combats ont repris alors que, plus tôt dans la journée, des soldats s'étaient livrés à des pillages et exactions à grande échelle à une centaine de kilomètres au nord de Goma.

La rébellion de Laurent Nkunda, qui fait face à l'armée congolaise depuis près de deux semaines dans cette zone, a confirmé la reprise des hostilités dans la région, ajoutant que les deux camps étaient engagés.

«Les FARDC [Forces armées de la RDC] ont tenté de pénétrer nos positions à Kilimanyoka», à quelques kilomètres au nord de Kibati, a affirmé le porte-parole du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), Bertrand Bisimwa. «Ils sont tombés sur une de nos patrouilles. Ils ont été pris en chasse par nos troupes. À l'heure actuelle, les FARDC continuent de tirer des obus de mortier sur nos positions», a-t-il ajouté, joint depuis Goma.

La MONUC a envoyé des hélicoptères sur place, selon le lieutenant-colonel Jean-Paul Dietrich. «Nous sommes en séance de crise» pour éviter que la situation ne dégénère, a-t-il précisé à Kinshasa.

Les rebelles de Laurent Nkunda sont positionnés dans la zone de Kibati depuis le 30 octobre, après avoir infligé une défaite humiliante à l'armée. Depuis, les positions sont quasiment figées sur ce front, malgré d'intenses combats vendredi dans la région.

Les Casques bleus ont ordre de tirer sur les groupes armés qui tenteraient d'entrer dans Goma, ville d'un demi-million d'habitants où la MONUC dispose d'un millier de soldats.

Les hommes de Laurent Nkunda s'étaient brièvement emparés en juin 2004 de Bukavu, la capitale de la province du Sud-Kivu, frontalière de celle du Nord-Kivu, en dépit de la présence d'environ 600 Casques bleus dans cette ville.

Pillages

Des militaires congolais se sont livrés lundi et hier à des pillages et exactions à grande échelle dans plusieurs villes de la province du Nord-Kivu, Kanyabayonga, Kaïna et Kirumba (à environ 100 kilomètres au nord de Goma) ainsi que Mighobwe et Kaseghe. Plusieurs villages ont également été mis à sac sur la route reliant ces localités sur une trentaine de kilomètres.

Des rumeurs non fondées d'infiltrations rebelles, ainsi qu'un redéploiement de l'armée régulière ont créé lundi un vent de panique parmi les militaires des FARDC qui se sont mis à piller, poussant les populations à fuir vers le nord ou à se cacher en forêt.

Fin octobre, fuyant l'avancée des rebelles de Laurent Nkunda arrivés aux portes de Goma, les soldats des FARDC avaient déjà commis de nombreux pillages dans la capitale provinciale, faisant plusieurs victimes.

«C'est une chose regrettable que l'armée régulière se mette à fuir sans avoir entendu un seul coup de feu et se mette à piller la population», a déploré un porte-parole des milices Maï-Maï du Nord-Kivu, pourtant alliées à l'armée régulière. «Des rumeurs d'infiltration de la rébellion sont à l'origine de la panique et des pillages», a-t-il confirmé.

Pour sa part, un conseiller du président rwandais Paul Kagame n'a pas exclu hier la participation d'anciens soldats rwandais démobilisés aux combats actuels dans l'est de la République démocratique du Congo.

Cette présence de Rwandais au Nord-Kivu a ranimé les craintes d'une régionalisation du conflit et d'une répétition de la guerre qui avaient impliqué six pays de la région et fait des millions de morts, principalement victimes de la faim et de la maladie, entre 1998 et 2003.

Pour l'instant, Kigali dément apporter son soutien aux rebelles tutsis de Laurent Nkunda en lutte contre les forces armées gouvernementales (FARDC) du président Joseph Kabila.