Soldats angolais en République démocratique du Congo - Kinshasa «prend le risque d'embraser» la région, dit Nkunda

Une réfugiée congolaise s’agenouille en entendant des coups de feu, près de Kirbati, au nord de Goma.
Photo: Agence Reuters Une réfugiée congolaise s’agenouille en entendant des coups de feu, près de Kirbati, au nord de Goma.

Goma — Kinshasa «prend le risque d'embraser la région des Grands Lacs» si des troupes de son allié angolais sont déployées dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), a mis en garde hier un porte-parole de la rébellion de Laurent Nkunda.

«Il s'agit d'une volonté du gouvernement congolais d'impliquer les ex-belligérants internationaux dans la crise actuelle», a déclaré à l'AFP Bertrand Bisimwa, porte-parole du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP). Il réagissait aux propos du ministre congolais des Affaires étrangères, Alexis Thambwe Mwamba, qui a évoqué hier un possible futur déploiement de troupes angolaises en RDC, tout en affirmant qu'il n'y en avait pas à l'heure actuelle.

«Cela risque d'embraser une nouvelle fois la région des Grands Lacs», a averti M. Bisimwa, interrogé au téléphone depuis Goma. «Le gouvernement devrait privilégier des solutions politiques, en engageant des discussions avec le CNDP, et non pas des solutions militaristes. La population a déjà assez souffert comme cela», a-t-il ajouté.

Plus tôt dans la journée, M. Mwamba avait affirmé qu'il n'y avait pas, «pour le moment», de militaires angolais déployés en RDC.

«Mais la position angolaise est sans équivoque pour soutenir le Congo», avait-il souligné, en marge d'un sommet extraordinaire de l'Afrique australe à Johannesburg, consacré aux crises dans l'ex-Zaïre et au Zimbabwe.

Un haut responsable angolais présent au sommet a également démenti que des troupes angolaises soient engagées en RDC. «Il n'y a pas de troupes angolaises en RDC», avait-il déclaré à l'AFP sous couvert de l'anonymat.

L'Angola est un allié fidèle de la RDC voisine: son armée est intervenue pour soutenir le gouvernement de Kinshasa pendant la guerre régionale de 1998-2003 dans l'ex-Zaïre, contre la coalition dont faisait partie le Rwanda.

Les combats continuent

Les combats se sont poursuivis hier dans l'est de la République démocratique du Congo. Rebelles de Laurent Nkunda et groupes armés pro-gouvernementaux se sont affrontés pendant six heures à Ngungu, localité à la frontière entre les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, selon l'ONU.

Pour la première fois depuis plusieurs semaines, ces combats ont impliqué «de façon manifeste» des rebelles hutu rwandais, a affirmé à l'AFP le porte-parole militaire de la Mission des Nations unies dans le pays (Monuc), le lieutenant-colonel Jean-Paul Dietrich.

Aux côtés d'un groupe de miliciens Maï-Maï, ces rebelles du Front démocratique de libération du Rwanda (FDLR) ont combattu ceux du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) de Laurent Nkunda.

Dans les rangs des FDLR, qui opèrent dans l'est de la RDC et sont opposés au régime de Kigali voisin, se trouvent des personnes qui ont participé au génocide tutsi de 1994 au Rwanda. Laurent Nkunda se présente notamment comme un défenseur de la communauté tutsi congolaise, contre le FDLR.

Depuis le Vatican, le pape Benoît XVI a de son côté dénoncé les «affrontements sanglants» des dernières semaines dans le Nord-Kivu.

Les violents affrontements de ces deux derniers mois, qui ont fait au moins 100 morts civils selon Human Rights Watch (HRW), ont jeté sur les routes environ 250 000 personnes, qui vivent dans des conditions effroyables.

Près de 80 cas de choléra ont été recensés en périphérie nord de Goma, selon Médecins sans frontières.