Afrique du Sud - L'ANC menacé d'éclatement

Mosiuoa Lekota
Photo: Agence Reuters Mosiuoa Lekota

Johannesburg — Le Congrès national africain (ANC), au pouvoir en Afrique du Sud, réprimera durement toute dissidence, a averti hier son chef, Jacob Zuma, alors que le parti est menacé d'éclatement.

L'ANC a annoncé lundi la suspension de l'ancien ministre de la Défense et proche de l'ex-président Thabo Mbeki, Mosiuoa Lekota, à la suite de son projet de création d'un parti dissident de l'ANC.

«Nous voulons avertir tous ceux qui seraient tentés de se joindre à la campagne de sape et de division de l'ANC, [...] Il nous faut aussi rappeler aux dissidents que l'Histoire a été extrêmement dure pour ceux qui rompaient avec l'ANC», a déclaré Jacob Zuma.

Mosiuoa Lekota, qui a quitté le gouvernement pour protester contre le renvoi en septembre par l'ANC du chef de l'État Thabo Mbeki, a laissé entendre que cette formation était en passe de connaître des divisions. Il a indiqué qu'il pourrait former son propre parti avant l'élection présidentielle de 2009.

La suspension de Mosiuoa Lekota accroît les risques d'éclatement bien que, selon des analystes, en l'absence de «poids lourds» du parti comme Mbeki lui-même, un groupe dissident aura du mal à constituer un véritable défi pour l'ANC.



Manigances

Thabo Mbeki a été remplacé par Kgalema Motlanthe après avoir été accusé par un juge d'implication dans des accusations de corruption portées contre Jacob Zuma et dont ce dernier a été disculpé. Motlanthe démissionnera vraisemblablement après les élections de l'an prochain et Zuma devrait alors lui succéder à la présidence.

Les investisseurs étrangers s'inquiètent avant tout de la manière dont les nouveaux dirigeants vont gérer l'économie. lls redoutent que Zuma et Motlanthe, soutenus par le Parti communiste et les puissants syndicats, ne fassent glisser l'Afrique du Sud à gauche.

Cependant, Kgalema Motlanthe a promis de poursuivre la politique de Mbeki et il s'est efforcé de rassurer les investisseurs en reconduisant Trevor Manuel à la tête du ministère des Finances.

Il reste à savoir de quels soutiens bénéficie Mosiuoa Lekota, ancien président de l'ANC. Il a affirmé qu'au niveau local des centaines de membres du parti avaient démissionné et que des sections régionales et provinciales de l'ANC envisageaient de quitter le parti.

Jacob Zuma a souligné hier que la rébellion dirigée par Lekota risquait de saper les efforts déployés par le parti pour protéger les Sud-Africains de la crise financière mondiale et améliorer les services.

«Malheureusement, camarades, alors que nous oeuvrons à affiner notre politique et à préparer les élections, nous sommes confrontés aux manigances de certains éléments au sein de l'ANC qui veulent apparemment quitter le parti et former un parti dissident», a-t-il dit.