CPI: le Soudan serre les rangs

Les responsables soudanais ont enchaîné les réunions toute la fin de semaine pour tenter de montrer un front uni, avant la présentation par le procureur de la CPI de nouvelles «preuves» de crimes commis ces cinq dernières années contre des civils
Photo: Agence Reuters Les responsables soudanais ont enchaîné les réunions toute la fin de semaine pour tenter de montrer un front uni, avant la présentation par le procureur de la CPI de nouvelles «preuves» de crimes commis ces cinq dernières années contre des civils

Khartoum — Le Soudan s'est porté hier garant de la sécurité des étrangers, après une réunion d'urgence du gouvernement, à la veille d'une possible inculpation du président Omar el-Béchir par la Cour pénale internationale (CPI), contre laquelle un millier de Soudanais ont manifesté.

«Pour ceux qui se trouvent ici [au Soudan] dans les différentes organisations diplomatiques, nous pensons qu'ils ne subiront aucune pression des citoyens soudanais», a déclaré le ministre de l'Information, Al-Zahawi Malek, à l'issue de la réunion. «Ils seront en sécurité, et leurs biens aussi. Il y a la décision de la CPI, mais nous ne faisons pas de lien», a-t-il assuré.

Plus tôt, un millier de Soudanais avaient manifesté à Khartoum contre les accusations que la CPI s'apprête à formuler, scandant des slogans antiaméricains et islamistes.

Les responsables soudanais ont enchaîné les réunions toute la fin de semaine pour tenter de montrer un front uni, avant la présentation par le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, de nouvelles «preuves» de crimes commis ces cinq dernières années contre des civils au Darfour. M. Moreno-Ocampo «nommerait» ceux qui en sont responsables.

Il devrait, selon le département d'État américain, demander un mandat d'arrêt contre M. El-Béchir pour des crimes commis contre des civils au Darfour, province de l'ouest du pays en guerre civile depuis 2003.

Des ambassades occidentales ont recommandé à leurs ressortissants de limiter leurs déplacements et les États-Unis ont augmenté leur niveau d'alerte, craignant que la décision de la CPI ne déclenche des actes de violence.

Samedi, le Soudan a annoncé avoir demandé la tenue d'une réunion extraordinaire de la Ligue arabe. Il a par ailleurs convoqué les ambassadeurs en poste à Khartoum, leur indiquant qu'il assurerait la protection des étrangers mais qu'il répondrait «politiquement» à toute accusation venant de la CPI.

Des membres du parti de M. El-Béchir (le Congrès national) et du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM, ex-rebelles faisant partie du gouvernement) ont enchaîné les réunions, tout comme les partis d'opposition.

Selon des responsables soudanais, l'objectif est de préparer «une nation soudanaise unie» pour faire face à ce qui va venir de La Haye.

Le porte-parole du ministère soudanais des Affaires étrangères, Ali al-Sadiq, a affirmé que les autorités renforçaient la sécurité, notamment autour des ambassades de la France, de la Grande-Bretagne et des États-Unis, en prédisant toutefois le «chaos» en cas d'accusations portées contre M. El-Béchir.

«Nous avons assuré [la sécurité] de toutes les missions diplomatiques et des bureaux de l'ONU. Tous sont sous la protection du gouvernement, y compris les soldats de la paix [de l'ONU]. Le gouvernement va faire son maximum pour les protéger», a-t-il ajouté.

«Quel que soit le conflit diplomatique, nous allons le mener au sein des Nations Unies. Nous allons travailler fort avec nos amis et membres du Conseil de sécurité qui veulent la paix pour éviter tout ce qui résultera de l'annonce de la CPI», a-t-il encore dit.

Le Soudan a averti, par la voix de son ministre d'État aux Affaires étrangères, Al-Samani al-Wassila, que toute mesure de la CPI contre M. El-Béchir pouvait «détruire le processus de paix» au Darfour. «Dans cette situation, le Soudan ne coopérera jamais avec la CPI», a ajouté le ministre.

La CPI a déjà émis deux mandats d'arrêt contre des Soudanais impliqués dans le conflit pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, mais Omar el-Béchir a toujours refusé de les remettre à la Cour.

Depuis 2003, les forces gouvernementales appuyées par les milices arabes djandjawids luttent contre des mouvements rebelles du Darfour. Le conflit a fait jusqu'à 300 000 morts et déplacé 2,2 millions de personnes, selon l'ONU. Pour sa part, Khartoum parle de quelque 10 000 morts.