La violence xénophobe s'étend - L'armée sud-africaine est mobilisée

Ce policier a porté secours hier à un homme blessé au cours des violences à Johannesburg.
Photo: Agence Reuters Ce policier a porté secours hier à un homme blessé au cours des violences à Johannesburg.

Johannesburg — Le président sud-africain Thabo Mbeki a autorisé hier le déploiement de l'armée en renfort de la police, pour tenter d'enrayer les violences xénophobes dont le bilan des morts a presque doublé et qui se sont étendues au-delà de la région de Johannesburg.

Dans un bref communiqué, la présidence a annoncé que Mbeki avait «approuvé une requête des services de la police sud-africaine pour l'implication de la Force de défense d'Afrique du Sud afin de faire cesser les attaques en cours contre les étrangers dans la province du Gauteng», où se trouvent Johannesburg et Pretoria. Interrogé sur la signification du mot «implication», un porte-parole du président a précisé: «Cela signifie le déploiement de l'armée».

La porte-parole de la police nationale, Sally de Beer, a ajouté que les militaires n'allaient pas remplacer les forces de l'ordre: «Nous n'envisageons pas qu'ils procèdent à des opérations de police, mais plutôt qu'ils nous renforcent.»

Les attaques xénophobes ont été largement concentrées dans et autour de Johannesburg. «Le bilan des morts est passé à 42, 400 personnes ont été arrêtées et 16 000 déplacées», a déclaré le porte-parole de la police pour le Gauteng, Govindsamy Mariemuthoo. Le précédent bilan officiel était de 22 morts depuis le début des attaques le 11 mai dans le bidonville d'Alexandra, mitoyen du quartier financier de Sandton, avant de s'étendre à d'autres townships.

De nouvelles attaques, dont il a été fait état hier, dans la ville côtière de Durban (province du KwaZulu-Natal, sud-est) et dans la province du Mpumalanga (est) laissent peu d'espoir de voir la violence rapidement contenue.

La commissaire Phindile Radebe, porte-parole de la police du KwaZulu-Natal, a précisé que des commerces appartenant à des Nigérians avaient été visés par des habitants en furie à Umbilo, quartier pauvre de Durban, grand port sur l'océan Indien. «Une foule d'environ 200 personnes s'est rassemblée dans les rues, brandissant des bouteilles et des gourdins, et elles ont agressé des gens», a-t-elle déclaré.

Selon un porte-parole de la police d'Umbilo, le capitaine John Lazarus, cité par le quotidien local The Mercury, les attaquants demandaient aux étrangers de «quitter le KwaZulu-Natal», province la plus peuplée du pays. Des commerces tenus par des étrangers ont également été attaqués dans les townships de Leslie et Embalenhle, près de la ville industrielle de Secunda, dans le Mpumalanga. «Ils ont pillé six boutiques et en ont brûlé trois. Certaines appartenaient à des Zimbabwéens, d'autres à des Somaliens», a déclaré un policier présent sur les lieux à l'agence sud-africaine SAPA.

De nombreux Sud-Africains accusent les étrangers, dont quelque trois millions de Zimbabwéens ayant fui le marasme politico-économique de leur pays, de prendre des emplois et d'être responsables de la criminalité.

Jodi Kollapen, présidente de la Commission des droits de l'homme, a averti hier qu'il serait difficile de réintégrer ces immigrés, qui continueront «à se sentir en danger». Elle dénonce le fait que les agresseurs «auront atteint leur but de les pousser hors du pays».

Ces violences, rappelant les affrontements sanglants de la transition démocratique en 1994, ternissent l'image de la «nation arc-en-ciel» rêvée par le héros de la lutte anti-apartheid et ancien président Nelson Mandela. «L'Afrique du Sud est le dernier pays qu'on aurait imaginé plonger dans la xénophobie», a déclaré Moses Wetangula, ministre kényan des Affaires étrangères, rappelant que «pendant le chemin difficile vers l'indépendance, les Sud-Africains s'étaient expatriés sur tout le continent».