Desjardins et Bill Gates associés - Pour un service intercaisse international !

Au Mali, au Burkina Faso et au Togo, les réseaux de caisses populaires ne sont pas encore interconnectés.
Photo: Au Mali, au Burkina Faso et au Togo, les réseaux de caisses populaires ne sont pas encore interconnectés.

Les plus vieux d'entre nous se souviendront de l'époque où les caisses populaires Desjardins n'étaient ni informatisées ni reliées entre elles. On ne pouvait donc pas faire de transaction intercaisse ou passer à un comptoir électronique comme bon nous semblait. C'est la situation qui prévaut dans maints pays en développement et à laquelle tente de remédier le Mouvement des caisses Desjardins.

Au cours des trois prochaines années, Développement international Desjardins (DID) réalisera un projet d'implantation technologique visant à accroître l'interconnectivité de 250 coopératives financières dans cinq pays. Si tout se passe bien, c'est plus de 830 000 personnes qui pourraient avoir accès aux services intercaisses et à ces transferts de fonds qui nous sont familiers.

«Dans les pays où nous travaillons — Haïti, Mali, Burkina Faso, Togo et Viêt Nam —, il existe des réseaux de caisses populaires mais ils ne sont pas interconnectés, rapporte Anne Gaboury, présidente-directrice générale de Développement international Desjardins. Il n'y a pas le service intercaisse que nous connaissons si bien ici. Ces réseaux commencent à peine leur informatisation; il y a quatre ou cinq ans encore, tout se faisait manuellement, un peu comme dans les caisses Desjardins des années 1970.»

Or, rapporte-t-elle, le service intercaisse a été un formidable levier de croissance pour le Mouvement Desjardins, de sorte que le groupe qu'elle dirige espère faire de même pour chacun des pays où il oeuvre.

L'expertise internationale de Desjardins

Développement international Desjardins est une entité sans but lucratif créée il y a 35 ans pour faire de l'aide au développement. «Notre mission dit bien simplement: aider les populations des pays en développement à accroître leur accès à des services financiers sécuritaires, déclare Mme Gaboury. Depuis le début, nous avons des objectifs d'intercoopération et de partage d'expertise.»

Concrètement, DID participe à la mise en oeuvre de réseaux de coopératives d'épargne et de crédit. «Par exemple, au Burkina Faso — le premier pays où nous sommes intervenus de façon soutenue —, il y a maintenant un réseau de coopératives d'une centaine de caisses, indique Mme Gaboury. C'est la même chose au Sénégal, en Lituanie, au Viêt Nam, en Haïti... Nous aidons à créer de toutes pièces de nouvelles institutions financières.»

DID assiste aussi les collectivités dans l'instauration des mesures de contrôle interne et de gouvernance des institutions financières coopératives. «Nous travaillons aussi auprès des États afin de les aider à créer les législations nécessaires de même que les mécanismes de supervision», dit-elle.

Ainsi, si les caisses populaires existent depuis des années en Haïti, ce n'est que l'an dernier qu'elles se sont regroupées en une fédération pour travailler ensemble. «Nos premières expériences d'interconnectivité ont été menées en Haïti, rapporte Mme Gaboury. Cela représente de grands avantages pour les membres, puisque c'est le réseau au complet qui devient l'institution financière.»

«C'est ainsi que, depuis notre fondation, nous avons travaillé dans plus d'une cinquantaine de pays et, encore aujourd'hui, nous sommes présents sur quatre continents.» Ce genre d'activités fait partie de la stratégie d'intercoopération de Desjardins: il faut savoir que le Mouvement Desjardins est reconnu partout dans le monde, et ce, en bonne partie grâce à DID.

Une première collaboration avec la Fondation Gates

«En matière de développement, on met souvent l'accent sur l'accès au crédit, puisqu'il s'agit d'un levier de développement économique important, rapporte la p.-d.g. Toutefois, nous, nous considérons que l'épargne est aussi importante et qu'il faut par conséquent l'encourager. Or, pour qu'il y ait épargne, il faut que les gens puissent avoir accès à leur compte très facilement.»

Elle constate par ailleurs qu'aussitôt que les membres d'une caisse voient leur institution s'informatiser, ils demandent à bénéficier de services intercaisses. «Par exemple, ils nous disent: "Je réside dans une petite ville et lorsque je vais faire des affaires dans la capitale, j'aimerais pouvoir y retirer de l'argent..." Pour eux, l'intercaisse, c'est une question de sécurité.»

À cette fin, DID met au point et teste une plateforme informatique qui reliera les coopératives d'épargne et de crédit de chacun des cinq réseaux concernés. Les membres d'un réseau pourront donc effectuer des transactions dans différents points de service alors que les coopératives pourront transférer des fonds entre elles.

Pour ce faire, DID s'est associée à la Fondation Bill et Melinda Gates, qui fournit les neuf millions de dollars nécessaires à la mise en oeuvre du projet. Il s'agit en fait d'un projet de 16 millions de dollars étalé sur cinq ans, précise Anne Gaboury. Dans un premier temps, la Fondation Gates finance la partie pilote du projet avant d'examiner, au bout de trois ans, les résultats pour déterminer si elle poursuit ou non son financement.

La Fondation Gates, souligne Mme Gaboury, est particulièrement soucieuse de ce que permettent d'apprendre les projets qu'elle finance. «Dans chaque cas, dit-elle, les gens de cette fondation se préoccupent du rayonnement de ce qu'ils apprennent. Or, notre projet leur a paru particulièrement innovateur puisqu'il est axé sur l'aspect transactionnel.»

De surcroît, il met en valeur le fait que dans bon nombre de pays, les réseaux de coopératives d'épargne et de crédit sont les seules institutions financières qui oeuvrent à la fois dans les milieux ruraux et urbains. «Nous pensons que, pour qu'une institution financière survive en milieu rural, il faut qu'elle fasse partie d'un réseau plus vaste oeuvrant en milieu urbain, indique Mme Gaboury. Bien sûr, l'interconnectivité est au coeur de notre projet de développement, puisqu'on va décloisonner les milieux ruraux en les reliant au milieu urbain et à la capitale du pays.»

À plus long terme, DID aimerait que cette interconnectivité mène à des transferts de fonds internationaux. «Pour l'instant, il n'y a pas de liens d'affaires entre les activités de la DID et celles du Mouvement Desjardins, dit-elle. Nous n'avons que des objectifs d'intercoopération et de partage d'expertise. Cependant, rien n'exclut qu'il y en ait un jour ou l'autre puisque, vous savez, la planète est bien petite!»

Collaborateur du Devoir
2 commentaires
  • Le Guerrier - Inscrite 2 février 2008 10 h 49

    Desjardins et Bill Gates associés

    BRAVO!

    On devrait faire connaître plus souvent des activités positives comme celle là. Qui d'entre nous connaît cet aspect du Mouvement Desjardins? Cela fait du bien de lire du positif dans un journal...

    Juliette Le Guerrier
    Magog

  • marcel vinet - Inscrit 2 février 2008 11 h 51

    intelligent

    c est absolument génial,ca montre le savoir faire de notre nation