Le Kenya prie pour la paix et panse ses blessures

Les Kényans se sont rendus en masse dans les églises hier tandis que les télévisions diffusaient en boucle un programme intitulé «Priez pour la paix».
Photo: Agence Reuters Les Kényans se sont rendus en masse dans les églises hier tandis que les télévisions diffusaient en boucle un programme intitulé «Priez pour la paix».

Nairobi — Tandis que la communauté internationale poursuivait ses efforts de médiation, le candidat malheureux à l'élection présidentielle kényane Raila Odinga assouplissait son discours hier. Pour la première fois, il s'est dit prêt à un partage du pouvoir avec son rival Mwai Kibaki, à condition toutefois que ce dernier reconnaisse sa défaite.

Depuis la proclamation le 30 décembre de la victoire de M. Kibaki, les violences ont fait au moins 361 morts et entraîné le déplacement de 250 000 personnes. Hier, les Kényans se sont rendus en masse dans les églises tandis que les télévisions diffusaient en boucle un programme intitulé «Priez pour la paix», alternant prêches et images d'archives sur les exploits de leurs athlètes ou le labeur des villageois.

«Nos dirigeants nous ont trompés. Ils sont responsables de cette catastrophe. Alors, maintenant, nous nous tournons vers le Tout-Puissant pour sauver le Kenya», a expliqué Jane Riungu en se rendant à une église des abords de Nairobi, accompagnée de ses cinq enfants endimanchés.

Pendant ce temps, la secrétaire d'État adjointe américaine aux Affaires africaines, Jendayi Frazer, qui doit rester dans la capitale kényane jusqu'à ce soir, poursuivait ses consultations avec des responsables des deux camps après s'être entretenue samedi avec le président Mwai Kibaki et l'opposant Raila Odinga.

Dans un entretien à la BBC, M. Odinga s'est voulu plus conciliant. «Je n'ai pas de problème avec un partage du pouvoir. Mais je veux qu'il soit su que le problème est la désignation du vainqueur de ces élections», a déclaré M. Odinga. «Nous ne sommes pas assoiffés de pouvoir [...]. Nous voulons un règlement négocié qui apportera une solution durable à ce problème», avait également dit M. Odinga lors d'une conférence de presse à Nairobi.

Samedi, lors d'un entretien avec Mme Frazer, M. Kibaki s'était dit «prêt à former un gouvernement d'union nationale». M. Odinga avait immédiatement rejeté cette proposition, indiquant que l'opposition accepterait de discuter avec le président sur la seule «base de son ancien mandat» et sous les auspices d'un médiateur international.

Commentant les violences, M. Odinga a jugé que «la colère du peuple ne devrait pas être dirigée contre des innocents, mais contre les gens qui ont abusé de leurs droits démocratiques».

De son côté, la communauté internationale poursuivait ses efforts: le premier ministre britannique Gordon Brown a annoncé hier la venue à Nairobi dans les deux jours du président en exercice de l'Union africaine (UA) John Kufuor «pour servir de médiateur».

Le gouvernement kényan a quant à lui dépêché des émissaires dans plusieurs pays africains, dont le Ghana, pour présenter «une image claire de ce qu'est la situation politique et sécuritaire dans le pays».

Les populations touchées par le déferlement de violences ont besoin d'aide, particulièrement dans la région de la vallée du Rift (ouest), où 100 000 personnes relèvent de l'urgence humanitaire, selon l'ONU.

«Les stocks de nourriture et d'eau potable atteignent un niveau dangereusement bas, particulièrement dans et autour de Kisumu», bastion de M. Odinga et ville la plus touchée par les violences, a indiqué le directeur pour le Kenya de l'ONG Merlin, Wubeshet Woldermariam.

Un premier convoi d'aide humanitaire du Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU, suffisant pour nourrir 70 000 personnes pendant deux semaines, a pu quitter, sous escorte policière, le port kenyan de Mombasa, à destination d'Eldoret (ouest) et de Nairobi, selon un communiqué publié hier à Rome.

Presque tout acheminement de nourriture est gelé depuis plusieurs jours dans l'ouest du Kenya «en raison de l'insécurité», a souligné le PAM, rappelant que la crise touche aussi l'Ouganda, l'est de la République démocratique du Congo et le sud du Soudan.

De son côté, le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) a souligné que nombre d'hôpitaux avaient besoin de matériel médical pour traiter les blessés.

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