Tentative de réconciliation au Kenya

Cet enfant se trouvait hier près d’un refuge aménagé à Nairobi.
Photo: Agence Reuters Cet enfant se trouvait hier près d’un refuge aménagé à Nairobi.

Sur le versant nord de la vallée de Mathare, un bidonville dans l'est de Nairobi, une foule d'habitants forme un cercle autour d'un homme qui parle sans interruption, avec animation. Des représentants de deux communautés, les Kikuyus et les Luos, se rassemblent pour tenter d'amorcer une réconciliation.

Un médiateur a été choisi, de l'ethnie Luhya, «une personne neutre», explique un habitant. Après la semaine d'affrontements post-électoraux, Mathare est toujours en proie à une tension latente. Hier, une dizaine de maisons ont encore été incendiées et trois personnes tuées à la machette.

Représailles

Shagra, une cinquantaine d'années, est de l'ethnie Luo, celle de l'opposant Raila Odinga. Elle subit depuis plusieurs jours les représailles d'une secte sanguinaire, les Mungikis, composée de membres de l'ethnie Kikuyu, celle du président Mwai Kibaki. Il y a trois jours, la secte a distribué des tracts déclarants: «Pour un Kikuyu tué, nous éliminerons dix Luos.» Ce climat d'incertitude politique rend les habitants extrêmement inquiets. «Les gens sont très amers, frustrés, explique Shagra. Ils ne pourront pas se réconcilier si les dirigeants ne parviennent pas à se rencontrer. Il faut nous dire qui est le gagnant. Même si c'est Kibaki, nous l'accepterons; il faut simplement que le message soit enfin clair, nous sommes fatigués de ce bain de sang.»

Sur le plan politique, les déclarations restent pour le moins ambiguës. L'opposition, qui a dû renoncer deux jours de suite à un rassemblement au parc Uhuru au centre-ville en raison du déploiement exceptionnel de la police, a appelé à de nouvelles élections dans les trois mois et à une prière publique demain. Dans une conférence de presse hier après-midi, la réponse d'Alfred Mutua, le porte-parole du gouvernement, ne laisse guère d'espoir d'ouverture et maintient une position de fermeté: «Le gouvernement ne cédera jamais au chantage. Les gens devraient cesser d'utiliser la violence comme forme de chantage.» Puis, sans doute pour faire bonne figure, il a ajouté: «Si la justice ordonne une nouvelle élection, cela sera fait. Le Kenya n'est pas une république bananière. Nous ne sommes pas en guerre civile. Nous avons un État et une opposition.» Une décision de la Cour suprême a été rejetée par l'opposition, qui estime que la justice est aux mains du président mal réélu.

Offre

Quant à Mwai Kibaki, il a fini par accepter de rencontrer Desmond Tutu. L'archevêque de Johannesburg est arrivé mercredi soir à Nairobi. Il a aussi discuté avec les dirigeants du Mouvement démocratique orange de Raila Odinga, alors que les émeutes, violemment réprimées par la police, battaient leur plein dans la capitale. Mwai Kibaki s'est dit prêt à rencontrer les parties concernées, une fois que le calme serait revenu dans le pays, sans préciser ce qu'il serait prêt à offrir pour que cette proposition ne soit pas rejetée par une opposition humiliée.

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