Kenya - L'opposition compte toujours manifester

La police a dispersé hier une manifestation dans la capitale kényane.
Photo: Agence Reuters La police a dispersé hier une manifestation dans la capitale kényane.

Nairobi — L'opposition kényane comptait organiser aujourd'hui à Nairobi un nouveau rassemblement de protestation contre les résultats des élections, après avoir dû y renoncer hier, tandis que les États-Unis ont décidé d'envoyer un émissaire au Kenya pour tenter de dénouer la crise.

La nouvelle manifestation est programmée à 10h, a indiqué le Mouvement démocratique orange (ODM), le principal parti d'opposition, dont les partisans ont dû renoncer à se rassembler hier en raison du vaste dispositif policier déployé dans la capitale.

Dès l'aube hier, la police s'est efforcée de disperser des centaines d'opposants qui cherchaient à se rendre au coeur de Nairobi pour protester contre la réélection du président sortant Mwai Kibaki.

Toute la journée, la police a eu recours aux canons à eau, aux tirs en l'air de balles réelles et aux gaz lacrymogènes contre les manifestants aux abords de Kibera, bidonville de Nairobi et fief de Raila Odinga, chef de l'opposition et candidat malheureux à la présidentielle du 27 décembre.

Quatre personnes ont été tuées hier dans les violences à travers le pays, dont trois dans l'ouest, autre fief d'Odinga, portant à 346 le nombre de morts enregistrées dans les violences politico-ethniques ayant suivi le scrutin, selon un bilan établi par l'AFP à partir de sources policières et hospitalières et de plusieurs morgues.

À Kisumu (ouest), deux députés de l'ODM «ont été arrêtés pour avoir incité les partisans de l'ODM à manifester en ville», a déclaré à l'AFP un haut responsable de la police provinciale.

Les violences des derniers jours ont également déplacé environ 100 000 personnes, selon la Croix-Rouge kényane, qui a lancé hier un appel à des dons de 7,5 millions de dollars.

Les États-Unis ont décidé d'envoyer hier une émissaire, la secrétaire d'État adjointe chargée des affaires africaines, Jendayi Frazer, pour tenter de promouvoir le dialogue entre les deux dirigeants.

L'Union européenne et les États-Unis ont d'une voix commune appelé à la réconciliation.

Dans un entretien téléphonique, le diplomate en chef de l'UE, Javier Solana, et la secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice, «sont convenus que l'important était d'encourager les parties au Kenya de manière conjointe à engager un dialogue», a indiqué une porte-parole de M. Solana à Bruxelles.

Le Prix Nobel de la paix sud-africain, Desmond Tutu, est arrivé hier à Nairobi pour se joindre aux efforts de médiation.

La visite du président de l'Union africaine, John Kufuor, pressenti par le premier ministre britannique Gordon Brown pour une médiation, n'était en revanche plus d'actualité hier.

En fin de journée, le président Kibaki s'est affirmé «prêt» au dialogue, lorsque le «calme» serait revenu. «Je suis prêt à avoir un dialogue avec les parties concernées une fois que la nation sera calme et que la température politique aura suffisamment baissé pour un engagement constructif et productif» de toutes les parties.

Dès dimanche, M. Odinga avait accusé M. Kibaki de fraude sur au moins 300 000 voix à la présidentielle.

Les doutes sur la crédibilité de ce scrutin ont été renforcés par les récentes déclarations du président de la Commission électorale kényane. «Je ne sais pas si Kibaki a gagné l'élection», a dit Samuel Kivuitu, qui avait pourtant proclamé sa réélection avec plus de 230 000 voix d'avance.

Le procureur général du Kenya, Amos Wako, a de son côté estimé hier «nécessaire» de mener une enquête «indépendante» sur les élections.

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a appelé à un nouveau décompte des voix.

Samuel Kobia, secrétaire général du Conseil mondial des Églises, basé à Genève, a estimé que des observateurs internationaux devraient superviser une enquête indépendante sur l'élection contestée ainsi que sur l'ensemble des réformes politiques indispensables dans ce pays.

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