Mbeki paraît devoir perdre le contrôle de son parti

Polokwane — Le chef de l'État sud-africain Thabo Mbeki semblait devoir perdre aujourd'hui le contrôle du parti au pouvoir, à en juger par le soutien massif à son rival Jacob Zuma exprimé hier soir par les délégués du Congrès national africain (ANC).

À deux années de la fin de son mandat à la tête du pays, Thabo Mbeki devrait passer la présidence du tout puissant parti au tribun zoulou, réduisant considérablement sa marge de manoeuvre jusqu'à l'élection présidentielle de 2009.

Le vote, à l'origine prévu hier, a été repoussé à aujourd'hui, en raison de points de procédure soulevés par l'un et l'autre camp lors du congrès de l'ANC à Polokwane.

«Nous avons deux candidats pour la fonction de président, qui figureront tous deux sur la liste des candidats demain [aujourd'hui], camarade Thabo Mbeki et camarade Jacob Zuma», a déclaré la présidente de la commission électorale, Dren Nupen, en annonçant la nomination officielle des deux prétendants.

Et lorsque les noms de deux proches de Zuma furent soumis au congrès pour approbation, près des trois quarts des 3900 délégués se sont levés pour exprimer leur soutien, ont constaté les journalistes de l'AFP.

L'annonce des candidats à la présidence et aux cinq postes dirigeants du parti a pris 24 heures de retard. Hier, le congrès a dû travailler à un consensus sur le quota de femmes au comité directeur, ainsi que sur la taille du comité. Il a fallu aussi établir le nombre de délégués qualifiés pour voter.

Tirant profit de la déception des plus pauvres en ce qui a trait à la politique économique libérale de Mbeki, Zuma avait emporté une très large majorité des voix lors de la désignation des candidats dans les sections du parti, avec 61 % des votes, cinq provinces sur neuf ainsi que le soutien de la Ligue des femmes et de celle des jeunes.

Depuis le début du congrès, la profonde division qui scinde le parti est révélée au grand jour, prenant la forme d'un concours de chants et de danses. Tôt hier, l'immense chapiteau qui abrite la réunion s'était ainsi rempli de partisans de Zuma. Mais les supporteurs de Mbeki sont vite arrivés en masse, jusqu'à dépasser un millier de personnes brandissant trois doigts en l'air (symbole d'un 3e mandat pour le chef de l'État à la tête de l'ANC, qu'il dirige depuis 1997).

La veille, Mbeki était dès l'ouverture passé à l'attaque contre son rival, appelant le congrès à élire un dirigeant «épris de ferveur éthique» à la tête du parti ultramajoritaire depuis la chute de l'apartheid en 1994.

Zuma risque une inculpation pour corruption et fraude fiscale dans une affaire de contrat d'armement.

Élu à la tête du parti, Zuma deviendrait probablement le prochain président du pays, à condition qu'il échappe au procès.