Arche de Zoé - Transfert des Européens à N'Djamena

Une partie des 103 enfants concernés.
Photo: Agence Reuters Une partie des 103 enfants concernés.

Abéché — Les 16 Européens inculpés et écroués dans l'est du Tchad dans l'affaire de L'Arche de Zoé étaient hier en cours de transfert à N'Djamena où, selon une source judiciaire, ils seront jugés.

La correspondante de Reuters présente à Abéché a aperçu les neuf Français et les sept Espagnols en train d'embarquer sous escorte militaire dans un avion-cargo de l'armée tchadienne à destination de la capitale. Les Européens, qui risquent une peine allant de cinq à vingt ans de travaux forcés, n'ont pas été autorisés à parler à la presse lors de leur transfert.

Un peu plus tôt, la plus haute juridiction du Tchad avait décidé de dessaisir la juridiction d'Abéché au profit de celle de N'Djamena.

«La Cour suprême a statué sur la demande introduite par le ministère public contre les membres de l'association Children Rescue et leurs complices. Elle a décidé de dessaisir la juridiction d'Abéché au profit de celle de N'Djamena», a précisé cette source sous couvert de l'anonymat.

«C'est un arrêt qui donne mandat aux juridictions de N'Djamena de juger les auteurs, coauteurs et complices d'enlèvements de mineurs et d'escroquerie», explique-t-on.

Il s'agit de neuf Français — six membres de L'Arche de Zoé, qui opérait dans l'est du Tchad sous le nom de Children Rescue, et trois journalistes — ainsi que de sept membres d'équipage de nationalité espagnole. Un pilote belge est détenu depuis le début de l'affaire à N'Djamena. Les 16 ont été arrêtés la semaine dernière alors qu'ils s'apprêtaient à exfiltrer en France 103 Africains âgés de un à dix ans et présentés par l'ONG comme des orphelins de la guerre du Darfour, province soudanaise voisine du Tchad.

Mais selon l'ONU et les autorités tchadiennes, la majorité des enfants âgés de un à dix ans ne seraient pas orphelins et seraient issus de familles vivant de part et d'autre de la frontière.

Le président Idriss Déby a laissé entendre que les trois journalistes français ainsi que les hôtesses de l'air espagnoles pourraient être libérés prochainement s'il est établi qu'ils n'étaient pas directement impliqués dans les délits présumés.

L'affaire de L'Arche de Zoé est embarrassante à plus d'un titre pour l'ancienne puissance coloniale, dont Déby est un allié et qui dispose de forces et d'avions sur le territoire tchadien. Elle a provoqué au Soudan et au Tchad de petites manifestations de protestation dirigées, pour certaines, contre la France.

Le président Nicolas Sarkozy est intervenu personnellement auprès de son homologue tchadien en faveur de la libération des journalistes français et d'un règlement négocié de la crise «afin que personne ne perde la face». De son côté, le président sénégalais Abdoulaye Wade a, selon l'agence de presse APS, fait de même pour plaider la cause d'une libération des membres d'équipage de nationalité espagnole.

Des responsables des Nations unies et du Comité international de la Croix-Rouge ont interrogés la quasi-totalité des 21 fillettes et 82 garçonnets impliqués dans l'affaire.

Selon ces responsables, 91 d'entre eux affirment qu'ils vivaient en famille avec au moins un adulte considéré par les enfants comme leur parent. Certains enfants ont déclaré à la presse avoir été attirés dans les villages frontaliers par des offres de confiserie ou des promesses de scolarisation.

Certains parents disent avoir été persuadés par des étrangers de leur confier leurs enfants avec la promesse qu'ils seraient scolarisés dans des localités avoisinantes. Aucun n'avait, en revanche, évoqué l'éventualité d'emmener les enfants en France par avion.