Soudan - Khartoum est accusé d'avoir rasé une ville du Darfour et d'en attaquer une autre

Des soldats de l’AMIS à l’entraînement. L’armée soudanaise a lancé hier une offensive contre Haskanita, en représailles au raid qui a tué dix soldats de cette force de maintien de la paix.
Photo: Agence Reuters Des soldats de l’AMIS à l’entraînement. L’armée soudanaise a lancé hier une offensive contre Haskanita, en représailles au raid qui a tué dix soldats de cette force de maintien de la paix.

Khartoum — L'armée soudanaise a été tour à tour accusée hier d'avoir rasé une ville du Darfour en représailles à un raid meurtrier de rebelles contre la force de paix africaine et d'en attaquer une autre, tenue par un mouvement signataire de la paix avec le régime de Khartoum.

Un chef rebelle, Souleïmane Jamous, a affirmé dans la matinée que l'armée soudanaise avait rasé la ville de Haskanita (sud-Darfour) en représailles au raid qui a tué le 29 septembre dix soldats de maintien de la paix dans cette région de l'ouest du Soudan en guerre civile depuis février 2003.

En soirée, le Mouvement de libération du Soudan (SLM) de Minni Minawi, le seul à avoir signé un accord de paix avec Khartoum, a indiqué que l'armée bombardait la ville de Mohajiriya, à 90 km à l'est de Haskanita, en «violation» de cet accord signé en 2006.

«L'armée a lancé une offensive contre la ville de Haskanita après l'attaque contre l'AMIS», la Mission de l'Union africaine au Soudan, a déclaré M. Jamous, joint hier par l'AFP par téléphone depuis le Tchad.

Selon M. Jamous, les rebelles qui se trouvaient à Haskanita, proche du camp de l'AMIS attaqué, ont reçu l'ordre d'évacuer la ville avec les civils avant l'entrée de l'armée, pour leur épargner des représailles.

«Certains civils se sont attardés dans la ville et ont été la cible de représailles de l'armée. J'ai entendu parler de 86 à 100 morts parmi les civils, mais je ne peux pas le confirmer», a-t-il dit.

L'armée soudanaise a nié avoir détruit la ville, affirmant avoir «pris le contrôle de la ville sans résistance». Elle a qualifié de «mensonges» les informations impliquant des soldats dans les destructions.

Le bureau de l'ONU au Soudan a annoncé dimanche qu'une mission d'évaluation des besoins humanitaires de la population avait constaté la destruction de la ville le 6 octobre, sans désigner ses auteurs.

M. Jamous a admis que certains dégâts avaient pu être provoqués par les rebelles. «Pour couvrir leur retraite, nos combattants ont pu tirer dans tous les sens», a-t-il indiqué, ajoutant que plusieurs milliers de civils ont trouvé refuge dans les forêts autour de Haskanita. Souleïmane Jamous, figure clé de la rébellion, a joué par le passé un rôle de coordinateur afin de faciliter l'aide humanitaire à la population du Darfour. À Khartoum, Seifeddine Haroun, responsable de la communication du SLM de Minni Minawi, a indiqué à l'AFP que «d'importantes forces soutenues par l'aviation» étaient en train d'attaquer Mohajiriya, déjà pour moitié détruite. «Les opérations se poursuivent à l'heure où je vous parle», a-t-il ajouté, disant ne pas encore disposer de bilan sur les victimes éventuelles.

Selon lui, M. Minawi a écourté, en raison de cette attaque, une visite qu'il effectue au Darfour, où il tentait de «convaincre des rebelles de participer aux pourparlers prévus en Libye le 27 octobre». Il n'a pas été possible de confirmer dans l'immédiat l'attaque auprès du gouvernement ou de l'AMIS.

Dans un communiqué, l'ambassade des États-Unis à Khartoum a fermement condamné la destruction de Haskanita, indiquant que «la violence semble s'étendre à [la ville] proche de Mohajiriya», avant d'appeler toutes les parties à respecter la trêve avant les pourparlers de paix en Libye. La guerre civile, opposant depuis 2003 au Darfour des rebelles de souche africaine à l'armée et des milices arabes (Janjawids), a fait 200 000 morts et 2 millions de déplacés, des chiffres contestés par le Soudan qui parle de seulement 9000 morts.