Un accord suscite l'espoir en Guinée

Hier, la syndicaliste Rabiatou Serah Diallo a accueilli favorablement l’offre de Conté.
Photo: Agence France-Presse (photo) Hier, la syndicaliste Rabiatou Serah Diallo a accueilli favorablement l’offre de Conté.

Conakry — Vers une sortie de crise en Guinée? Le président Lansana Conté a accepté hier de nommer un nouveau premier ministre de consensus, les syndicalistes chefs de file de la contestation annonçant en retour leur intention de suspendre le mouvement de grève générale qui paralyse le pays depuis janvier.

Les syndicats et responsables de la société civile ont soumis une liste de cinq noms pour le poste de premier ministre, parmi lesquels le président Conté devrait choisir son candidat, à une date qui n'est cependant pas précisée, a expliqué Rabiatou Serah Diallo, la secrétaire générale de la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG), l'un des deux grands syndicats du pays. «S'il l'approuve, nous suspendrons la grève aujourd'hui», a-t-elle déclaré.

Ibrahim Fofana, numéro un de l'Union syndicale des travailleurs de Guinée (USTG), l'autre grand syndicat du pays, a déclaré que la grève prendrait fin aujourd'hui à minuit. La journée, a-t-il dit, sera toutefois dévolue à la mémoire des quelque 120 morts tués lors des manifestations violentes et la répression sanglante par les forces de l'ordre depuis janvier.

L'ancien président nigérian Ibrahim Babangida, envoyé de la CEDEAO (Communauté économique des États de l'Afrique de l'ouest) assure actuellement une médiation en vue d'une sortie de crise.

Tard samedi soir, Conté a fait savoir à Babangida qu'il était prêt à nommer un nouveau chef de gouvernement et a demandé que l'opposition lui soumette une liste de cinq noms, a expliqué Ousmane Bah, responsable du protocole au Parlement, où Babangida rencontrait syndicalistes et représentants de la société civile.

Si l'accord est accepté par les parties, le président devrait alors désigner le nouveau premier ministre d'ici au 2 mars, soit la fin de la semaine qui s'ouvre, a ajouté M. Bah.

Entamée en janvier, la grève s'est transformée en plus important mouvement de contestation contre le régime de Conté, chef d'État vieillissant et malade, depuis son arrivée au pouvoir en 1984.

Un premier accord en vue de mettre fin à la crise prévoyait déjà la nomination d'un premier ministre de consensus, doté de pouvoirs renforcés, le pays étant sans chef de gouvernement depuis avril dernier. Mais la désignation le 12 février par Conté d'Eugène Camara, un de ses proches, a déclenché la colère des opposants considérant que l'accord avait été violé, et un regain de violences. Lansana Conté a riposté en imposant la loi martiale, donnant tous pouvoirs à l'armée pour mener la répression.

Mais le président a ensuite été désavoué par les députés, dont la majorité est pourtant de son camp. Ils ont refusé vendredi de prolonger l'état de siège, qui a donc été levé. Confortés, les dirigeants syndicaux avaient juré à nouveau samedi de poursuivre la grève générale jusqu'à ce que Conté cède et nomme un premier ministre de consensus.

Hier, l'opposition guinéenne a déclaré qu'elle entendait «rester prudente» et maintenir sous «pression» le président Lansana Conté pour qu'il laisse travailler le premier ministre qu'il a accepté de choisir parmi des noms proposés par la société civile et les syndicats.

«Il faut rester prudent et lui faire sentir que la pression est constante. Il n'a pas l'habitude de laisser ses premiers ministres travailler», a prévenu le président de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) Mamadou Bâ, porte-parole d'un groupe de 14 partis d'opposition.

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Avec l'AFP

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