Les députés guinéens refusent de prolonger l'état de siège

Conakry — Le Parlement guinéen a rejeté hier une requête du président Lansana Conté en faveur de la prolongation de l'état de siège, défiant ainsi son régime autoritaire.

L'état de siège, décrété le 12 février dans l'ensemble du pays pour mettre fin à de violentes manifestations qui allaient de pair avec une grève générale, devait expirer hier, mais le président en avait demandé la reconduction en invoquant des raisons de sécurité.

«Les députés présents refusent à l'unanimité de renouveler l'état de siège», a dit le président de l'Assemblée nationale, Aboubacar Somparé, à l'issue d'un vote sur la requête de Conté.

En conséquence, les dispositions en vigueur depuis onze jours, qui conféraient des pouvoirs d'exception aux militaires et instituaient un couvre-feu, devaient prendre fin à minuit.

Les syndicats estiment que Conté, septuagénaire atteint de diabète qui tient le pouvoir depuis 23 ans, n'est plus apte à gouverner. Ils lui demandent de nommer un nouveau premier ministre neutre, habilité à désigner et à limoger les membres du gouvernement.

Les dirigeants syndicaux avaient averti qu'une prolongation de l'état de siège aurait pour effet de radicaliser l'opposition à son régime, en exprimant l'intention de poursuivre leur grève jusqu'à ce qu'il nomme un nouveau chef de gouvernement.

«Nous devions aller dans le sens de l'apaisement pour maintenir la paix et l'unité nationale», a déclaré Soriba Sorel Camara, représentant du Parti de l'unité et du progrès (PUP) au pouvoir, après le vote.

L'opposition a salué le vote comme une victoire historique. «C'est la première fois qu'un décret aussi controversé est rejeté à l'unanimité», a déclaré le chef du groupe parlementaire de l'opposition, Ousmane Bah.

Les dirigeants grévistes ont relancé leur mouvement parce que le président avait choisi un proche allié, Eugène Camara, pour le poste de premier ministre, alors qu'il avait accepté de nommer une personnalité consensuelle.

«Le problème est maintenant d'obtenir un premier ministre de consensus. S'il y en a un qui est nommé aujourd'hui, la situation sera débloquée immédiatement», a estimé le négociateur syndical Boubacar Biro Barry après avoir rencontré des médiateurs ouest-africains.

Plus de 120 personnes, en majorité des civils non armés, ont été tuées en Guinée depuis le début de l'année au cours d'accrochages entre manifestants et forces de

sécurité.

L'état de siège, décrété jusqu'au 23 février, a rétabli un certain calme dans l'ex-colonie française en écartant les manifestants des rues et en permettant à l'armée

d'ouvrir le feu sur les pillards et les fauteurs de troubles.

Les incidents en Guinée font craindre qu'une reprise des manifestations ne compromette la paix fragile qui prévaut dans la région, en particulier dans des pays comme la Sierra Leone et le Liberia, qui émergent de guerres civiles sanglantes.

L'ancien président nigérian Ibrahim Babangida, à la tête d'une délégation de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cedeao), a plaidé pour un règlement négocié en rencontrant hier des dirigeants syndicaux guinéens.

La présidente libérienne Ellen Johnson-Sirleaf a jugé nécessaire que Conté coopère avec toutes les parties pour empêcher la crise politique de dégénérer en affrontements qui ne manqueraient pas d'affecter les États voisins.

À voir en vidéo