Le vieux tribun a perdu l'appui des jeunes - Le Sénégal de Wade contesté

Dakar — Lors de sa triomphale campagne durant la présidentielle de 2000, le vieux tribun se taillait un franc succès auprès des jeunes avec un discours bien rodé: «Que ceux qui n'ont pas de travail lèvent la main.» Une forêt de bras se dressait immanquablement. Et Abdoulaye Wade lançait sous les applaudissements: «Quand je serai élu président, vous aurez tous un emploi!» Sept ans plus tard, les mêmes montent dans des pirogues pour tenter de rallier les Canaries au péril de leur vie.

Au Sénégal, la moitié de la population a moins de 25 ans. En 2000, la majorité des jeunes avaient voté pour l'ancien avocat et opposant de toujours au parti unique, le Parti socialiste de Léopold Sédar Senghor et d'Abdou Diouf. Mais demain, à l'occasion du premier tour de la présidentielle, ils pourraient bien lui infliger un cruel désaveu, sous la forme d'un second tour à l'issue incertaine.

Car à Dakar, les déçus du sopi (changement en wolof) promis par le «vieux» se comptent même parmi les étudiants affiliés à son parti libéral, le PDS (Parti démocratique sénégalais).

«La politique de Wade envers la jeunesse sénégalaise est un échec total, se désole Amadou, 22 ans, étudiant à l'université Cheikh Ante Diop de Dakar. En droit, nous sommes 8000. Le seul amphi dont nous disposons est bondé, les profs sont souvent absents, partis donner des cours à la Sorbonne ou ailleurs pour gagner de l'argent.» Les 40 % du budget de l'État alloué, selon le président Wade, à l'éducation? «On n'en voit aucun résultat concret à la fac.»

À ses côtés, Mbodjel, 24 ans, enchaîne: «J'ai cessé de suivre les cours de sciences éco; cela ne sert à rien, il n'y aura pas de boulot à l'arrivée.» En 2000, il avait voté pour Wade. Cette fois, déçu par la politique, il ne se déplacera même pas jusqu'au bureau de vote.

Sur le campus de Cheikh Ante Diop, dans une chambre de quelques mètres carrés où ils s'entassent à huit pour dormir, des condisciples de Mbodjel font le même constat: demain, de nombreux étudiants vont «rester couchés». Ou voter contre le «vieux». Birima, 30 ans, confie qu'il est en train de «revenir vers le PS» (au pouvoir de l'indépendance en 1960 jusqu'en 2000).

«Je ne suis pas contre Wade, mais contre le système qui a prospéré autour de lui», se justifie-t-il.

Durant la campagne, tous les adversaires du président sortant n'ont cessé de dénoncer «le règne de la corruption» au sommet de l'État, les malversations liées — selon eux — aux grands chantiers lancés dans la capitale, et le népotisme. À tort ou à raison, un nom symbolise à lui seul cet ensemble de griefs: Karim, le fils de Wade, propulsé à la tête de l'agence chargée de l'organisation, en 2008, du sommet de l'Organisation de la conférence islamique (OCI) à Dakar.

Pourtant, le président sortant se dit persuadé que les jeunes vont de nouveau lui faire confiance: «D'après un sondage [normalement interdit au Sénégal], a-t-il déclaré récemment, 65 % des étudiants vont voter pour moi. Cela me paraît tout à fait sensé.»

À ceux qui évoquent devant lui le désenchantement de la jeunesse, il répond, agacé: «J'ai dépensé des milliards et des milliards de francs CFA en fournitures de matériels scolaires.»

L'homme au boubou bleu et à l'écharpe blanche évoque aussi le nombre accru de bourses universitaires, la création d'un Fonds national de promotion de la jeunesse, un plan censé favoriser le retour des jeunes à la terre dans des fermes d'État... Avant de lâcher, désabusé: «Nous n'avons pas les moyens de suivre le rythme de notre croissance démographique [de l'ordre de 2,5 % par année, ndlr).»

Pour un éditorialiste sénégalais, «la déception des jeunes est à la mesure de leurs espoirs en 2000. Wade n'a peut-être pas démérité. Il a juste trop promis.»

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