Un petit pas vers la démocratie - RDC : un cabinet « éléphantesque »

La République démocratique du Congo (RDC) a franchi un petit pas de plus sur la voie de la démocratie élective avec l'annonce, lundi soir, de la composition du nouveau cabinet issu des élections en deux tours tenues en juillet et en octobre derniers, les premières tenues librement depuis l'indépendance du pays en 1960. La nouvelle a été reçue parmi les Congolais avec un mélange de soulagement et de surprise inquiète.

Soulagement parce que la formation de l'équipe du premier ministre, Antoine Gizenga, qui est, à 81 ans, le doyen des hommes politiques du pays, était attendue depuis deux mois.

Surprise inquiète dans la mesure où, pour reprendre les mots du Potentiel, l'un des principaux quotidiens de Kinshasa, «la particularité de cette équipe gouvernementale est qu'elle est éléphantesque». Un cabinet de 60 personnes formé de 34 ministres, 20 vice-ministres et six ministres d'État.

Dans un pays qui, près de cinq ans après les accords de paix, souffre toujours de violentes tensions internes et régionales, la composition du cabinet a immédiatement soulevé des questions de représentativité. Le Potentiel estime qu'il s'agit d'un «gouvernement non vertébré» et déplore un déséquilibre dans la représentation ethnique et régionale. Un «petit monstre gouvernemental» et un «fourre-tout», a estimé Le Palmarès.

L'est de la RDC, fief du président Joseph Kabila, y est surreprésenté: non seulement son Alliance pour la majorité présidentielle (AMP), dotée d'un rapport de force qui lui est très favorable, se taille-t-elle la part du lion avec 18 portefeuilles, mais les postes les plus importants (Intérieur et Sécurité, Reconstruction, Défense, Finances et Hydrocarbures) sont également tous confiés à des fidèles du chef de l'État.

L'exemple le plus probant est celui du ministre de l'Intérieur, le général Denis Kalumé Numbi, un proche de Kabila, responsable de la répression brutale lors des affrontements postélectoraux survenus depuis août 2006. La semaine dernière, des manifestations de partisans de Jean-Pierre Bemba, candidat présidentiel défait, ont été écrasées par la police et l'armée. Bilan officiel: 97 morts.

«Contrairement aux principes annoncées par Gizenga, on retrouve quelques personnalités, comme Kalumé, qui ont des dossiers noirs et sont cités dans les rapports de l'ONU [sur le pillage des ressources naturelles]», a indiqué à l'AFP un observateur onusien.

Ont en outre été récompensés des politiques qui s'étaient ralliés à Joseph Kabila, 35 ans, au second tour de la présidentielle. C'est le cas, entre autres, de François Joseph Mobutu, fils de l'ancien dictateur Mobutu Sese Seko, renversé en 1997.

Les défis qui attendent le nouveau gouvernement sont immenses, alors que, selon Transparency International, la RDC arrive au sixième rang des pays les plus corrompus du monde. On estime que le tiers des 60 millions de Congolais vivent avec moins d'un dollar par jour et que seulement 6 % des habitants ont accès à l'électricité. Dans l'espoir de relancer une économie moribonde, le président Kabila a annoncé récemment la libéralisation du secteur du diamant, première source de devises pour le Congo. Une mesure dans laquelle plusieurs voient non pas une décision utile à l'économie nationale, mais une ouverture additionnelle à un trafic qui a permis la perpétuation de la guerre.