Appel à la réinsertion des enfants-soldats

Paris — Une conférence internationale à Paris sur les enfants-soldats, qui a entendu le témoignage choc d'un ancien combattant de 12 ans, a appelé hier à la mobilisation pour aider à la réinsertion des jeunes miliciens, évoquant en particulier le sort dramatique des filles.

Ishmael Beah, ancien enfant-soldat de Sierra Leone, petit pays d'Afrique de l'Ouest où la guerre civile a été marquée par de nombreuses atrocités, a livré à l'ouverture de la conférence son témoignage sur ce que furent ses années de maquis. Ishmael a commencé à tuer vers 12 ans.

«Il fut un temps, a-t-il raconté, où prendre un fusil et tirer sur quelqu'un était devenu quelque chose d'aussi facile que de boire un verre d'eau.» L'enfer a duré quatre ans, a précisé le jeune homme âgé aujourd'hui de 26 ans.

Ishamael en est sorti. Mais le drame des enfants-soldats touche encore quelque 250 000 mineurs dans le monde.

La conférence de Paris réunit jusqu'à aujourd'hui tous les acteurs concernés par cette question, depuis les États touchés par le phénomène jusqu'aux pays donateurs et aux travailleurs de terrain, en passant par les représentants des forces de maintien de la paix. Une soixantaine de pays y sont représentés.

«La honte et le déshonneur ressentis par les filles ayant été associées aux groupes armés sont les raisons majeures qui font que la majorité d'entre elles ne s'est pas présentée pour l'identification et la vérification qui leur auraient permis d'accéder aux services offerts par le programme national de réinsertion», a souligné le ministre des Affaires étrangères de la République démocratique du Congo (RDC), Raymond Ramazani Baya, dans un message transmis à la conférence. Il a évalué à plus de 33 000 le nombre des enfants-soldats en RDC ces cinq dernières années.

Plusieurs intervenants ont souligné le drame de ces jeunes filles stigmatisées auprès de leur communauté d'origine, réduites souvent à l'état d'esclaves sexuels et qui se retrouvent avec un enfant, l'enfant de l'ennemi, dont personne ne veut.

Mais plusieurs orateurs ont insisté également sur le difficile exercice que représente la réinsertion des enfants-soldats.

Le commandant des forces de la MONUC, déployées en RDC, le général Babacar Gaye, a mis en garde contre les dangers des aides financières individuelles attribuées aux enfants-soldats démobilisés ou libérés.

La conférence de Paris sur les enfants-soldats doit s'achever par un engagement solennel des États participants à lutter contre le fléau. La conférence entérinera aussi un document de mesures spécifiques, appelé les principes de Paris, qui synthétisera les meilleures pratiques dans le domaine.