Forum social mondial - L'Afrique demande le respect de sa souveraineté

Des participants au Forum social mondial de Nairobi, au Kenya, manifestent dans une rue du bidonville de Korogocho, en banlieu de la capitale.
Photo: Agence Reuters Des participants au Forum social mondial de Nairobi, au Kenya, manifestent dans une rue du bidonville de Korogocho, en banlieu de la capitale.

Le rendez-vous annuel des opposants à la mondialisation néolibérale s'est tenu à la fin du mois de janvier à Nairobi, au Kenya. C'était la première fois que le Forum social mondial (FSM), qui cherche à faire contrepoids au Forum économique de Davos, avait entièrement lieu en Afrique, donnant ainsi une chance inespérée aux habitants du continent le plus pauvre de la planète de prendre une place d'avant-plan dans le débat. Mission accomplie, selon les représentants de l'Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) qui se sont rendus à Nairobi pour participer aux activités.

Faute de moyens, la population africaine, pourtant particulièrement touchée par les conséquences de la mondialisation néolibérale, a souvent été absente des précédents FSM.

S'étant déroulée pour la première fois en 2001 à Porto Alegre, au Brésil, la rencontre des altermondialistes a été cette année grandement enrichie par l'apport des populations africaines. «L'Afrique a été très présente dans les discussions, ce qui a donné un nouveau souffle au forum. D'ailleurs, c'était très symbolique que l'événement se tienne sur le continent qui a le plus souffert de la domination étrangère et de la mondialisation», a affirmé le président du conseil d'administration de l'AQOCI, Brian Barton, rejoint à Nairobi par téléconférence.

Le programme du forum, qui s'étalait sur 175 pages grand format, a attiré plus de 45 000 participants et de nombreux visiteurs. Difficile donc de résumer en quelques mots la pensée des nombreux intervenants africains. «Toutefois, nous pouvons affirmer qu'en général, les organisations africaines qui étaient présentes considèrent que la cause majeure de la plupart de leurs problèmes sociaux se trouve dans la mondialisation actuelle, dominée par les compagnies multinationales et les puissances occidentales, particulièrement les États-Unis», a expliqué M. Barton.

Les Africains ne semblent toutefois pas contre toute forme de mondialisation et ne veulent pas rester à l'écart. «Les organisations sociales africaines veulent bien augmenter les échanges économiques avec le reste du monde s'ils sont accompagnés d'un développement social, culturel, etc. Par contre, ils refusent toute condition de relations inégales ou de domination économique, politique ou militaire. Les organismes ont répété que les peuples africains doivent pouvoir décider de leur propre avenir, d'une orientation reflétant leurs priorités. De plus, ils ont insisté sur leur droit à la souveraineté alimentaire», a ajouté M. Barton.

Les ravages des sociétés minières

L'exploitation des ressources minières sur le continent africain par les grandes entreprises occidentales, dont plusieurs canadiennes, est particulièrement problématique. «Les grandes compagnies minières font ce qu'elles veulent actuellement en Afrique, puisqu'elles ont les ressources financières nécessaires pour faire taire les dirigeants. Il n'y a pas de règles qui sont imposées pour protéger l'environnement, ni pour assurer la sécurité des Africains. Les compagnies creusent des trous et lorsqu'elles ont terminé ce qu'elles voulaient faire, elles s'en vont sans même remettre les terres en état. Des gens sont déjà tombés dans ces trous, mais des mesures pour encadrer l'exploitation des ressources naturelles n'ont toujours pas été imposées», a déploré pour sa part l'agent de liaison de l'organisme Terre sans frontières au Congo, Ilunga Anicet.

En général, les populations des pays du Nord sont mal informées des impacts des activités économiques menées par leurs entreprises en Afrique. «C'est pour que les choses changent que nous avons abordé cette problématique pendant le FSM. Les populations du Nord doivent faire pression sur leurs gouvernements pour qu'ils imposent une réglementation à leurs entreprises qui font des affaires en dehors de leurs frontières. Tout le monde rencontré ici est d'accord pour affirmer qu'il y a des choses qui ne fonctionnent pas dans la manière dont le monde est organisé actuellement et c'est la solidarité Nord-Sud qui peut faire en sorte que les choses changent», a ajouté Ilunga Anicet.

Créer des liens

C'était la troisième année consécutive que l'AQOCI participait au FSM. «C'est très important pour nous d'être présents puisque ça nous permet de tisser des liens avec d'autres organismes, de faire du réseautage. Nous échangeons beaucoup, ce qui fait que nous apprenons des expériences des autres. Ça permet également à nos membres de rencontrer leurs partenaires sur le terrain», a expliqué au Devoir la directrice de l'AQOCI, Maria-Luisa Monreal, qui s'est rendue au FSM en 2005 et en 2006.

Le FSM est également une belle occasion pour l'AQOCI de renforcer ses liens avec les différents acteurs de la société civile québécoise comme les grandes centrales syndicales, qui s'y rendent pratiquement chaque année. «C'est d'ailleurs au FSM de Caracas l'an dernier que nous avons ciblé le besoin de tenir un Forum social québécois qui aura finalement lieu en août prochain», a ajouté Mme Monreal.

Cette année, l'AQOCI a particulièrement tissé des liens avec son homologue français Coordination Sud. «Une collaboration entre nos deux organismes parapluies a été prévue pour travailler sur le réseau d'organismes de coopération internationale européen, mais aussi pour en créer un en Amérique latine, en Afrique et finalement en Asie», a précisé M. Barton.

Pour ce qui est de 2008, le FSM fera relâche. «Cela n'exclut pas la tenue de forums locaux, régionaux ou thématiques, mais en janvier prochain, c'est plutôt une journée mondiale de manifestation qui est prévue», a conclu M. Barton, tout en soulignant que 2008 coïncide avec le 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme. Le prochain FSM doit avoir lieu en 2009 dans une ville du Sud qui reste à déterminer.

Collaboratrice du Devoir

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