À quand un développement durable?

Enfant swazi buvant de l’eau dans la ville de Mbabane, capitale du Swaziland.
Photo: Mata Hari Enfant swazi buvant de l’eau dans la ville de Mbabane, capitale du Swaziland.

L'aide internationale se formule de plus d'une façon. Elle est privée, elle est étatique, elle serait aussi corporative. Mais est-elle efficace?

Ce fut d'abord une «bonne cause». C'était au temps où l'aide internationale se résumait à «donner». Des sous le plus souvent. Et les cinq cennes pour l'Afrique, comme les vingt-cinq sous pour les petits Chinois, ont ainsi donné des moyens à la banque vaticane pour participer à la construction de la tour de la Bourse à Montréal (ce qui explique sans doute la rare présence d'une réalisation de l'architecte italien Pier Luigi Nervi en cette métropole). Et le retour sur cet investissement permettait alors de financer des campagnes d'évangélisation et d'aide dans ces pays et sur des continents qui faisaient aussi peur qu'ils faisaient rêver, dans l'imaginaire des enfants-donateurs.

Et les États prirent la relève. Localement, le Canada initia ainsi divers programmes que l'on retrouve aujourd'hui regroupés à l'intérieur de l'ACDI, cette agence canadienne du développement international. Les Nations unies ne furent pas non plus en reste, de la décriée FAO, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, jusqu'au PNUD, son programme pour le développement. De toute façon, dans cet après-guerre qui fut marqué par une décolonisation accélérée, il n'était pas question de laisser à l'abandon ces coins de planète dont les ressources nous étaient toujours nécessaires.

À l'époque des missionnaires, puis à celle des politiciens humanitaires, succède aujourd'hui une nouvelle ère, celle des financiers et des administrateurs responsables. Il est donc significatif que ce ne soit point à la tribune des Nations unies, mais bien lors des rencontres du très financier Sommet de Davos que le Brésilien Lula y soit allé en fin de semaine d'une énième déclaration sur le nécessaire soutien à accorder aux pays émergents. Et tous de dire, de Blair à Bill Gates, qu'il faut à tout prix à la fois protéger les ressources et éradiquer enfin une pauvreté galopante.

Une histoire d'échecs

Dans l'histoire récente, il faut admettre que l'aide internationale institutionnalisée a rarement donné des résultats probants. Combien de pays croulent en effet sous le poids d'une dette occasionnée par les lourds prêts accordés par la Banque mondiale? Aussi, avant que certains n'imitent une Argentine qui déclara forfait par rapport à des remboursements anticipés, des chefs d'État, le président français en tête, ont ainsi proposé d'éliminer purement et simplement les dettes de la majorité des pays africains.

Mais il y a pire. Pour un Gérard Verna, professeur titulaire au département de management de l'université Laval, le système institutionnel dans son ensemble ne peut déposer comme bilan qu'une accumulation d'échecs successifs: «Un organisme généraliste, comme l'ACDI, [...] ne sert strictement à rien et coûte une fortune. Je n'ai jamais vu le PNUD produire quelque chose de concret.» En fait, nombreux sont les reportages qui, des divers points de l'univers, nous informent que l'aide, qu'elle soit de nature alimentaire ou médicale, a été une fois de plus détournée pour enrichir les divers chefs de bande ou des potentats locaux, quand elle n'a pas été tout simplement «revendue» pour ainsi permettre d'augmenter des arsenaux militaires.

À l'occasion, on voit bien quelques réalisations sur le terrain: une école est ouverte en Irak ou en Afghanistan, tout comme des femmes reçoivent des conseils utiles pour l'accomplissement de leurs tâches quotidiennes ou familiales. Mais cela semble bien peu lorsque mis en relation avec les milliards investis.

Trop d'exploitation

On sait aujourd'hui que les cataplasmes, même les mieux intentionnés, ne peuvent pas corriger des états de dégradation avancée. L'Afrique manque ainsi d'eau et, lorsqu'elle coule, rien ne garantit qu'elle soit potable. Et si ce continent a des ressources, ces dernières semblent souvent plus sources de malheur qu'occasions d'enrichissement.

Longtemps la multinationale diamantaire De Beers a ainsi été décriée pour le sort qu'elle réservait à des mineurs, exploités sans possibilité de retour en vue d'un développement local. En fait, l'industrie minière dans son ensemble a fort mauvaise presse: combien de lacs contaminés, de forêts dévastées, de paysages mis à mal et de maladies mortelles répandues? Serions-nous africains, indonésiens, sud-américains, que toute nouvelle découverte d'un gisement apparaîtrait plus comme une catastrophe qu'un potentiel gain pour la collectivité: il n'y a point de «paix des braves» qui régisse les actions des multinationales. Du moins jusqu'à ce jour.

Une autre voie

Une nouvelle stratégie se met toutefois en place. Elle n'est pas le fait d'une action étatique. Elle a pour origine une concertation entre les gestionnaires de grands fonds d'investissement, ces organismes qui, loin de viser le profit immédiat, font des calculs à long terme: «Un placement devra pour nous être toujours rentable dans 50 ans», dira ainsi Henri-Paul Rousseau, de la Caisse de dépôt et de placement du Québec (CDP).

Alors l'épuisement de la richesse, opposé à une exploitation rationnelle, est banni. Toute action qui peut occasionner une résistance locale est réévaluée. Toute mesure qui a des conséquences écologiques lourdes doit aussi être revue.

Aux bonnes âmes, aux hommes de bonne volonté, succèdent donc les financiers avisés: l'investissement éthique s'impose non pas parce qu'il est plus humain, mais parce qu'il est rentable! Tel serait l'avantage qui découle de cette vague de mondialisation qui déferle sur toute la planète. Il faudra demain voir si de telles actions seront plus efficaces que les programmes d'aide antérieurs.

Pour l'instant, à coup sûr, l'espoir demeure toujours dans les gestes de solidarité qui tissent des liens entre les continents.

Serait-ce ainsi le fait que la coopération a depuis longtemps bonne cote au Québec qui explique que celui-ci soit souvent solidaire? Qu'elle soit institutionnelle avec Desjardins ou les réseaux d'enseignement, privée avec des fondations comme la Gérin-Lajoie ou la Coutu, publique avec les campagnes d'entraide, il y aurait donc motif à se réjouir. Que la CDP embarque dans un tel mouvement ne peut qu'aider à améliorer une situation qui témoigne, par les résultats jusqu'ici obtenus, d'un échec de nos civilisations contemporaines.
3 commentaires
  • Benoît Gagnon - Inscrit 31 janvier 2007 08 h 15

    L`éthique est rentable-par Benoît Gagnon

    Voilà, je pense une pensée fondamentale pour orienter nos actions collectives et individuelles. Mais les évidences sont souvent difficiles à admettre, cachées par des intérêts matérialistes injustifiés et valorisés. C`est d`abord par la justice que nous pouvons "bien vivre ensemble"

  • yannic jette - Inscrit 31 janvier 2007 09 h 41

    futiles croyances

    Cette planete est habitee par une bande de minable appele humains. l'ampleur du non-respect qu'ils portent aux autres humains voir aux autres especes est significative de l'egoisme generalisé. Recement en lisant entre les lignes on a pu s'informer d'une crise en Guinee Conakry, pays ou plus de la moitié de la population ne touche pas un dollar par jour.. En fouillant un tant soi peu , on découvre que la Guinée Conakry est le premier producteur mondial de bauxite qui est l'ingrédient no1 de l'alluminium. En entendant Alcan dans ses pubs se soucier du bien-etre québéquois on comprend tres vite que ce bien-etre n'inclus pas la dignité des africains. Si on continue de fouiller les entrelignes on peut aussi constater qu'Alcan viens d'engager recement un vautour de l'organisation democrade americaine pour je ne sais trop quelle fonction inutile..Nationalisons demain Alcan sans aucunes compensations pour les actionaires (qui devraient etre bien content de ne pas etre emrisonner) et organisons une gestion saine de cette compagnie en divisant les profits entre les 2 peuples impliqués dans la production de l'aluminium. Voila pour moi grossierement les lignes directrices d'un changement de cap essentiel a l'amélioration de la vie sur terre.

  • Claude L'Heureux - Abonné 31 janvier 2007 15 h 23

    Syndicats complices?

    Voilà une bonne analyse. Mais que penser de l'attitude de certains syndicats qui font fi des interrogations environnementales sous prétexte qu'il y a des emplois? Nous en avons des exemples dans les dossiers des ports métaniers et des projets de la rivière Rupert. Que voilà des attitudes bien mesquines pour les générations futures. Après moi le déluge et je m'en fou pour ce qui adviendra, après tout il faut bien travailler! Une petite bombe à fragmentation avec ça?