Confusion autour de l'intervention américaine en Somalie

Des soldats ougandais s’entraînaient hier en prévision de leur envoi en Somalie dans le cadre d’une mission de l’OUA.
Photo: Agence Reuters Des soldats ougandais s’entraînaient hier en prévision de leur envoi en Somalie dans le cadre d’une mission de l’OUA.

Mogadiscio — Après qu'Addis-Abeba eut annoncé que de nouvelles attaques aériennes avaient frappé l'extrême sud de la Somalie hier, le gouvernement éthiopien et des responsables américains ont affirmé que l'aviation américaine n'avait effectué qu'un raid en Somalie, celui de lundi.

À Washington, des responsables américains ont déclaré que l'armée américaine n'avait effectué qu'un raid aérien, lundi, et aucun depuis lors.

À Addis-Abeba, le premier ministre éthiopien Meles Zenawi a également affirmé que les États-Unis n'avaient frappé qu'une fois en territoire somalien. Il a ajouté que cette opération n'avait fait aucune victime civile.

Pourtant, plus tôt hier, on a affirmé de source gouvernementale somalienne que les forces américaines qui traquent des activistes présumés d'al-Qaïda avaient effectué dans la journée de nouveaux raids aériens dans le sud du pays, dans les secteurs de Hayo, Garer, Bankajirow et Badmadowe. «Bankajirow était le dernier repaire islamiste en date. Bankajirow et Badmadowe sont les plus touchés.»

Les raids auraient fait au moins 50 morts et ont été menés par des avions américains et éthiopiens, a affirmé le député somalien Abdirashid Mohamed Hidig. Ils ont eu lieu non loin du village côtier de Ras Kamboni, proche de la frontière kenyane, où seraient retranchés de nombreux islamistes chassés de Mogadiscio par les troupes éthiopiennes qui défendent le gouvernement intérimaire somalien.

Le Pentagone a reconnu mardi un raid aérien mené la veille dans le cadre d'une offensive plus large avec l'aviation éthiopienne contre une cellule d'al-Qaïda. Celle-ci comprendrait, selon Washington, des éléments impliqués dans des attentats perpétrés en Afrique orientale — notamment contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie en 1998.

Des responsables somaliens ont fait état de nombreux morts dans l'attaque de lundi, qui marquait la première action militaire ouverte des États-Unis en Somalie depuis la fin calamiteuse d'une mission humanitaire en 1994.

Un chef coutumier de la région a signalé une deuxième frappe aérienne américaine mardi dans l'extrême Sud, mais l'information a été démentie.

Les opérations américaines ont reçu l'approbation du président somalien Abdullahi Yousouf, revenu cette semaine à Mogadiscio, mais ont été critiquées par d'autres, notamment par le nouveau secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, l'Union européenne et l'Italie.

Selon Michèle Montas, porte-parole de Ban Ki-moon, «le secrétaire général est inquiet de la nouvelle dimension que ce type d'intervention pourrait apporter au conflit et de la possible escalade des hostilités qui pourrait en résulter».

Le chef de la diplomatie italienne, Massimo D'Alema, a dit que Rome s'opposait aux «initiatives unilatérales pouvant créer de nouvelles tensions dans une région déjà très déstabilisée».

Selon un responsable du renseignement américain, le raid de lundi, effectué par un avion AC-130 équipé d'un canon automatique, a causé la mort de l'un des trois suspects d'al-Qaïda recherchés pour les attentats de 1998.

Les États-Unis espèrent notamment mettre la main sur Abou Talha al Soudani, que la justice américaine considère comme un artificier d'al-Qaïda dirigeant la cellule est-africaine de la nébuleuse islamiste.

À voir en vidéo