Somalie: le siège de Mogadiscio se prépare

Les forces gouvernementales somaliennes, appuyées par l’armée éthiopienne, se rapprochaient hier de Mogadiscio après la prise, à l’aube, des bastions islamistes de Jowhar et Balad, au nord de la capitale.
Photo: Agence Reuters Les forces gouvernementales somaliennes, appuyées par l’armée éthiopienne, se rapprochaient hier de Mogadiscio après la prise, à l’aube, des bastions islamistes de Jowhar et Balad, au nord de la capitale.

Mogadiscio — Les forces du gouvernement intérimaire somalien soutenues par l'Éthiopie comptaient apparemment assiéger Mogadiscio jusqu'à la reddition de leurs adversaires islamistes, même si le président de l'Union africaine et la Ligue arabe ont appelé hier au retrait de toutes les forces étrangères de Somalie.

Après s'être emparées de Jowhar, puis de Balad, situé à une trentaine de kilomètres au nord de la capitale, les forces gouvernementales et éthiopiennes ne se battront pas pour prendre Mogadiscio afin d'éviter qu'il y ait des victimes civiles.

Elles feront le siège de Mogadiscio jusqu'à la reddition de leurs adversaires, a déclaré l'ambassadeur de la Somalie en Éthiopie, Abdikarin Farah, ajoutant que le gouvernement avait offert l'amnistie à tout combattant de l'Union des tribunaux islamiques (UTI) qui déposerait les armes.

Le président de l'Union africaine, Alpha Omar Konaré, a peu après lancé un appel au retrait de Somalie de «toutes les forces et éléments étrangers».

Il a exhorté le gouvernement intérimaire et l'Union des tribunaux islamiques (UTI) à mettre fin à toutes les hostilités et à reprendre les discussions de paix parrainées par la Ligue arabe qui avaient échoué le mois dernier au Soudan.

L'ancien président malien a annoncé qu'une mission de l'Union africaine se rendrait en Somalie au cours des prochains jours et rendrait visite aux deux camps.

Au Caire, le Conseil de la Ligue arabe a publié, à l'issue d'une réunion de ses représentants permanents, un communiqué invitant lui aussi les deux camps à reprendre les négociations de paix et réclamant «le retrait de toute forme de présence étrangère du territoire somalien afin de préparer la mise en oeuvre de la résolution 1725 du Conseil de sécurité de l'ONU».

Cette résolution approuve le déploiement d'une force de maintien de la paix africaine afin de soutenir le gouvernement intérimaire de Somalie et invite les autorités à poursuivre les discussions de paix avec leurs adversaires islamistes.

L'Éthiopie a déployé des troupes en Somalie pour soutenir le gouvernement intérimaire basé à Baïdoa.

Celui-ci affirme que l'UTI a fait appel à des combattants étrangers, ce que démentent les islamistes.

La communauté internationale semble divisée sur l'attitude à adopter. Ainsi, le Conseil de sécurité de l'ONU n'a pas réussi mardi soir à se mettre d'accord sur une déclaration réclamant l'arrêt immédiat des combats et devait tenir de nouvelles consultations hier.

L'Éthiopie a estimé mardi qu'elle était «à mi-chemin» d'une victoire sur les islamistes.

Hier soir, le ministre de l'Information du gouvernement de transition somalien, Ali Ahmed Jamah, a assuré que les troupes éthiopiennes présentes en Somalie «rentreront très bientôt» dans leur pays.

De leur côté, les islamistes semblent répondre à un appel de leur chef, le cheikh Charif Ahmed, qui les a invités à se regrouper à Mogadiscio pour se préparer à une longue guerre contre le vieil adversaire éthiopien.

Tablant sur la traditionnelle rivalité entre l'Éthiopie à dominante chrétienne et la Somalie, l'UTI a présenté le conflit comme une guerre sainte contre des «croisés».

L'Éthiopie évoque pour sa part une guerre contre des «terroristes» liés à al-Qaïda, ce qui lui vaut l'appui tacite de Washington, convaincu que des activistes islamistes se cachent en Somalie.

Le premier ministre éthiopien Meles Zenawi a affirmé que ses forces avaient tué un millier de combattants islamistes et en avaient blessé 3000, mais ces chiffres n'ont pas pu être confirmés de source indépendante.

Les islamistes disent de leur côté avoir tué des centaines d'adversaires.

L'Éthiopie se présente comme un adversaire de taille pour les combattants islamistes, qui sont soutenus par leur ferveur religieuse mais ne disposent pas des chasseurs Mig et de la longue expérience d'une des armées les plus efficaces d'Afrique.

Malgré cet avantage, la prise de Mogadiscio, ville de deux millions d'habitants, risque d'être difficile.

En 1993, les forces américaines appuyées par des hélicoptères Black Hawk avaient subi une humiliante défaite dans la capitale, alors aux mains de milices parfaitement à l'aise dans le dédale de ruelles de la capitale.

Selon la Croix-Rouge, plus de 800 personnes ont été blessées et des milliers d'habitants ont fui la zone de combat. Les Nations unies ont averti que ces déplacements de populations risquaient d'entraîner une crise humanitaire dans une région qui se remet à peine de graves inondations.

Le Programme alimentaire mondial a annoncé qu'il avait été contraint de suspendre ses parachutages de vivres et de redéployer ses 25 employés travaillant entre le port méridional de Kismayo et Nairobi.

Les associations humanitaires doivent faire face à l'afflux de blessés descendant du front, à la fuite des civils des zones de combat et à l'interruption de l'aide alimentaire et médicale.

«Nos collègues sur place n'ont jamais vu une telle violence depuis dix ans en Somalie», déplore Pedram Yazdi, délégué du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Des colonnes de réfugiés fuient les zones de combat et les employés humanitaires du camp de Dadaab, dans le nord du Kenya, se préparent au pire des scénarios: l'arrivée de 200 000 personnes chassées de chez elles.

Au cours de l'année écoulée, 34 000 Somaliens ont été accueillis dans l'un des trois camps installés à Dadaab. La plupart sont arrivés après la prise de Mogadiscio et d'une partie du sud du pays par les islamistes, en juin.

Les camps de la région accueillent actuellement 168 000 personnes, selon l'agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), plus de 500 000 des dix millions de Somaliens recevaient, avant même la flambée de violence de la semaine dernière, une aide alimentaire d'urgence en raison de l'état catastrophique des cultures après la sécheresse puis les pires inondations que le pays ait connues depuis des années.