Les forces de sécurité sont omniprésentes - Vive tension à Kinshasa

Quelques accrochages entre les forces de sécurité et des partisans de Jean-Pierre Bemba se sont produits hier.
Photo: Agence Reuters Quelques accrochages entre les forces de sécurité et des partisans de Jean-Pierre Bemba se sont produits hier.

Kinshasa — Hier, en fin de journée, pas un coup de feu n'avait résonné dans les rues de la capitale, suspendue aux lèvres de Jean-Pierre Bemba. Le rival malheureux de Joseph Kabila, déclaré vainqueur à l'élection présidentielle en République démocratique du Congo (RDC), a déclaré rejeter les résultats, tout en optant pour des recours «légaux».

Toute la journée, les chars de l'ONU ont sillonné le centre-ville, tandis que les hélicoptères de la force européenne, l'EUFOR, veillaient, à l'affût de tout mouvement suspect. Rodés aux soubresauts de leur ville et échaudés par les violences lors des résultats du premier tour, en août, les Kinois sont restés chez eux. Quant aux Blancs, les seuls à fouler le bitume étaient les journalistes, la plupart d'entre eux postés devant la résidence de Bemba. Dans l'attente d'une bataille trop prévisible. «Au Congo-Kinshasa, quand on imagine dix scénarios, il faut s'attendre à ce que le onzième se réalise», résume un militaire occidental.

Une ville-fantôme

Depuis l'annonce des résultats du second tour du scrutin, mardi soir, les habitants de Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC), n'ont qu'une seule et même préoccupation: va-t-il y avoir la guerre entre les gardes armés du perdant et ceux du vainqueur, Joseph Kabila?

À l'heure du verdict, le centre-ville avait des allures de ville-fantôme. Le lendemain matin, à huit heures, horaire traditionnel de bouchon à Kinshasa pour cause de débarquement massif de travailleurs, le trafic était exceptionnellement fluide. Seuls les vendeurs, venus par train du quartier populaire de Masina, se sont hasardés à proposer boissons et cartes téléphoniques. Kinshasa, la ville acquise à Bemba, était aussi silencieuse que son héros défait.

«Hier, j'étais dans un bar quand les résultats sont tombés [58 % pour Kabila, 41 % pour son rival]. Il y a eu un moment de panique, puis les gens se sont calmés», raconte Peter, un cadre.

Ce jeune homme, qui a voté Kabila, ne cache pas sa satisfaction. La RDC vit un moment «historique», dit-il, après des années de dictature et de guerre. «Je n'ai pas peur des violences, les gens ont compris que ce président est le président de tous les Congolais.» Autour de lui, les vendeurs opinent du chef, ou prennent un air totalement absent. Car tous les Kinois ne partagent pas son enthousiasme.

Points chauds

Hier, à l'aube, les étudiants aux yeux creusés se sont regroupés autour des deux points «chauds» de la ville: la résidence de Jean-Pierre Bemba, et sa télévision, CCTV. Samedi dernier, des tirs avaient éclaté du côté de la maison du chef, et ses miliciens avaient ouvert le feu. Quant à CCTV, la chaîne a été incendiée en juillet, avant d'être au coeur des combats à l'arme lourde en août. Hier, en compagnie des enfants des rues, les étudiants ont lancé quelques caillasses, devant des Casques bleus impassibles. Mais la police s'est chargée rapidement de mettre fin aux «revendications», selon l'expression d'un étudiant.

«Nous ne sommes pas du tout d'accord avec ces résultats, c'est une magouille de la commission électorale [réputée acquise à Kabila] de mèche avec l'Occident», dénonce-t-il. Avec ses amis, il montre les muscles et se dit prêt à «verser le sang». À ses côtés, légèrement en retrait, un de ses camarades baisse la tête. «Je suis triste. C'est terminé, nous sommes obligés d'accepter Kabila comme président.» Comme d'autres étudiants, il a fait campagne pour Bemba et craint désormais d'être marginalisé sur la scène politique congolaise. «Déjà qu'on ne nous écoutait pas, on ne nous écoutera plus.»