L'ONU enjoint à Haïti de tenir enfin des élections

New York et Port au Prince — Le Conseil de sécurité de l'ONU a enjoint hier au gouvernement provisoire haïtien de fixer au plus vite un nouveau calendrier pour les élections avec un premier tour pas plus tard que le 7 février.

Les quatre reports en Haïti des élections présidentielle et parlementaires vont coûter plus de 14 millions de dollars, tandis que le budget global des scrutins s'élève à plus de 73 millions de dollars, selon le bureau du Programme des Nations unies (PNUD) en Haïti. «Chaque fois que les dates des élections sont repoussées, celles-ci deviennent plus coûteuses», a déclaré Mohamed Hassen, responsable de l'Unité de gestion des élections, un bureau du PNUD.

En raison des reports, l'Unité de gestion des élections du PNUD est aujourd'hui à la recherche de 14 148 273 $ auprès des bailleurs internationaux afin de compléter les fonds électoraux et assurer la tenue des scrutins locaux et municipaux, a précisé le responsable.

Le budget initial des scrutins en Haïti était d'environ 59 millions de dollars.

Les principaux pays donateurs se sont déjà engagés à verser ce montant, a-t-il souligné.

Initialement programmés pour le 13 novembre 2005, les scrutins ont été successivement repoussés au 20 novembre, au 27 décembre et au 8 janvier 2006 en raison de problèmes techniques persistants. En raison de la non distribution de cartes électorales et de l'identification toujours non achevée des bureaux de vote, les élections ne peuvent se tenir dimanche. Aucun nouveau calendrier n'a encore été annoncé, mais, selon une source proche du gouvernement et du Conseil électoral, la date du 7 février serait maintenant envisagée.

Les fonds pour l'organisation des élections sont fournis par l'Union européenne (plus de 20 millions de dollars), les États-Unis (plus de 17 millions),

le Canada (plus de 16 millions). Le gouvernement haïtien a contribué à hauteur de 2,9 millions tandis que le Brésil a donné un million.

Le gouvernement provisoire haïtien doit en outre verser des subventions aux partis politiques et aux candidats, estimées à plus d'un million de dollars.

Les fonds fournis par la communauté internationale sont gérés par le PNUD, jouant le rôle de facilitateur et d'intermédiaire auprès des bailleurs. Ils doivent notamment servir à «créer une infrastructure électorale jusque-là inexistante dans le pays», a expliqué un expert onusien.

Plus de 38 000 membres de bureaux de vote, 4500 agents civiques et 3600 gardes électoraux ont été recrutés pour assurer les élections. Des équipements (mobilier, 200 génératrices, 900 radios de communications, 108 téléphones cellulaires) ont été achetés pour le compte du Conseil électoral provisoire haïtien (CEP), selon l'Unité de gestion des élections.

«Pour assister le gouvernement haïtien dans l'organisation des élections, nous avons démarré de zéro, rien n'existait auparavant», a souligné Mohamed Hassen.

Il a assuré que la gestion des fonds confiés au PNUD, conforme aux procédures internationales, était régulièrement soumise à un audit et examinée par des instances indépendantes.

Le responsable a d'autre part indiqué que le PNUD travaillait actuellement avec le gouvernement haïtien et la Mission de stabilisation des Nations unies en Haïti (MINUSTAH) afin de mettre en place un Conseil électoral permanent.

Cette institution prévue par la Constitution haïtienne de 1987 n'a jamais été créée en raison des crises politiques récurrentes qui secouent le pays depuis 1986, année de la chute du régime Duvalier.

Le Conseil de sécurité s'est d'autre part déclaré «préoccupé par la détérioration de la situation en matière de sécurité à Port-au-Prince et invite instamment la police nationale haïtienne et la Minustah à poursuivre leurs efforts en vue de renforcer leur coopération» [...] afin «d'améliorer la situation» et de «restaurer l'état de droit».