Sharon dans un état grave

Jérusalem — Le premier ministre israélien, Ariel Sharon, a subi hier soir une «grave attaque cérébrale» et a été placé immédiatement sous respiration artificielle, ont annoncé ses médecins.

Son état de santé est beaucoup plus grave que le laissaient supposer les premières informations sur un «malaise», selon ces sources. Dans ces conditions, M. Sharon pourrait ne plus pouvoir assumer pendant plusieurs mois ses fonctions à la tête du gouvernement ou de son parti, le Kadima (En avant), à près de trois mois des élections législatives du 28 mars.

Il a subi une «grave attaque cérébrale et a été placé sous respiration artificielle», a déclaré le professeur Shlomo Mor Yossef, directeur de l'hôpital Hadassah Ein Karem de Jérusalem, où le premier ministre a été admis.

Selon le professeur, M. Sharon, qui aura 78 ans en février, souffre d'une grave «hémorragie» cérébrale et a été envoyé immédiatement en salle d'opération. Un autre médecin, le Dr Shapira, a précisé qu'il avait eu une «hémorragie massive» après avoir subi un premier malaise, alors qu'il se trouvait dans sa résidence de la Ferme des sycomores, dans le sud d'Israël.

Le vice-premier ministre et ministre des Finances, Éhoud Olmert, 60 ans, un vieux routier de la politique, assure l'intérim du pouvoir, conformément à la loi, a annoncé le secrétaire général du gouvernement, Israël Maïmon.

Ancien maire de Jérusalem, M. Olmert a été l'un des principaux architectes du plan de retrait de la bande de Gaza, réalisé en septembre par le gouvernement Sharon, dont il a eu l'initiative.

À son arrivée à l'hôpital, où il était censé subir une intervention cardiaque aujourd'hui, M. Sharon a été admis «au département des traumatismes» et a subi une série d'examens par des neurologues et des cardiologues avant d'être opéré. Il avait déjà été hospitalisé le 18 décembre à la suite d'une «légère attaque cérébrale» provoquée «par un caillot de sang venant du coeur», selon ses médecins. Depuis, il était traité avec des anticoagulants pour éviter une nouvelle attaque.

Les chirurgiens de l'hôpital Hadassah devaient procéder aujourd'hui à un cathétérisme cardiaque sur M. Sharon, mais il n'en est plus question.

Le parti d'Ariel Sharon disposait jusqu'à présent, selon tous les sondages, d'un net avantage sur ses rivaux, et notamment sur le Likoud (droite), dont M. Sharon avait claqué la porte le 21 novembre. Il a centré sa campagne sur le thème «Sharon, un leader fort pour la paix et la sécurité». Ariel Sharon avait été élu triomphalement au poste de premier ministre le 6 février 2001, puis réélu sans appel le 28 janvier 2003. Longtemps champion de la colonisation des territoires palestiniens, il est devenu après le retrait d'Israël de la bande de Gaza la bête noire des extrémistes du Likoud.

Impétueux, pugnace, au physique imposant, celui qui est surnommé depuis des décennies «le bulldozer» était devenu pour ses ennemis un «dictateur», un «traître», un «menteur» pour l'extrême droite et l'aile dure du Likoud, parti qu'il a quitté en novembre pour créer le parti Kadima, afin d'assurer sa victoire aux élections de mars.

Mais ce général à la retraite, père des commandos d'élite de l'armée, qui s'est toujours targué de ne pas connaître la peur, est resté de marbre face aux critiques.

Né en 1928 en Palestine sous mandat britannique, il est soldat à 17 ans. Il est commandant d'une compagnie d'infanterie pendant la guerre d'indépendance en 1948. Il a longtemps été une personnalité controversée, prônant la manière forte vis-à-vis des Arabes et la colonisation des territoires palestiniens. En 1973, contre l'avis de ses supérieurs, il encercle avec ses troupes l'armée égyptienne et renverse ainsi le cours de la guerre.

Devenu ministre de la Défense en 1982, ce champion de la colonisation n'hésite pas à raser l'importante implantation de Yamit dans le Sinaï après le traité de paix avec l'Égypte en 1979. Il dirigea l'invasion israélienne du Liban, où une milice chrétienne alliée d'Israël s'est livrée à des massacres dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila à Beyrouth. Une commission d'enquête israélienne jugera M. Sharon «indirectement responsable» et l'obligera à renoncer au portefeuille de la Défense.

Il rongera patiemment son frein avant de revenir sur le devant de la scène politique. Même des «affaires» de financement électoral, le visant directement ou impliquant son fils Omri, n'ont pas réussi, jusqu'à présent, à altérer le soutien dont il bénéficie au sein de l'opinion publique israélienne. En novembre, il demande au président Moshé Katsav de dissoudre le Parlement. Il forme un nouveau parti de centre-droit, Kadima, pour conserver toutes ses chances de battre son rival travailliste, Amir Peretz, en lui opposant une plate-forme consensuelle sur le dossier palestinien.

En cas de victoire aux élections législatives du 28 mars, il poursuivrait ce qu'il a entrepris avec le retrait historique de la bande de Gaza après 38 ans d'occupation: restituer aux Palestiniens la plus grande partie de la Cisjordanie occupée. «Nous devons nous assurer que [l'année] 2006 ne soit pas perdue pour tout ce qui touche au processus de paix et aux efforts de parvenir à un accord avec les Palestiniens», déclarait-il mi-novembre.

Selon un de ses proches collaborateurs, il aura fallu au premier ministre «une bonne dose de courage», alors qu'il entame selon toute vraisemblance sa dernière ligne droite politique, pour quitter le Likoud dont il a été l'un des pères fondateurs en 1973.

D'après l'Agence France-Presse