La Russie et l'Ukraine règlent leur différend gazier

Moscou — La Russie et l'Ukraine ont annoncé hier le règlement de la crise gazière, qui opposait les deux pays et qui menaçait le reste de l'Europe, par un compromis qui permet aux deux parties de sauver la face.

L'Union européenne a salué cet accord quinquennal intervenu quatre jours après le début officiel de la crise entre les deux ex-alliés de l'époque soviétique, mais n'en n'a pas moins maintenu la réunion qu'elle avait prévue sur le thème de la sécurité énergétique pour les Vingt-Cinq.

Les groupes gaziers des deux pays ont conclu un contrat de cinq ans fixant le prix de vente du gaz russe à 230 dollars les 1000 m3, mais permettant à l'Ukraine de le payer 95 dollars à une société intermédiaire qui le mélangera à du gaz bon marché d'Asie centrale, ont annoncé les chefs de Gazprom et de son homologue ukrainien Naftogaz, Alexeï Miller et Olexi Ivtchenko, lors d'une conférence de presse éclair au siège de Gazprom à Moscou.

Le président russe Vladimir Poutine s'est félicité de l'accord et s'est dit convaincu qu'il aurait «une influence positive sur l'ensemble des relations russo-ukrainiennes».

Le président ukrainien Viktor Iouchtchenko a pour sa part salué l'accord, qui prévoit cependant une possible réévaluation du prix, estimant que Kiev était prête à payer plus cher cet hydrocarbure, «à de nouvelles conditions de marché».

Le différend russo-ukrainien avait éclaté au grand jour le 1er janvier avec la décision du groupe public gazier russe, Gazprom, d'arrêter ses livraisons à l'Ukraine qui refusait d'accepter une augmentation tarifaire de 360 %.

Le compromis conclu hier a également pour but de rassurer les consommateurs européens qui ont pu constater pendant deux jours une forte baisse de la pression dans les gazoducs acheminant le gaz sibérien vers l'ouest via l'Ukraine, avant un retour à la normale. Un quart des besoins énergétiques de l'Europe sont assurés par la Russie.

L'Union européenne a salué l'accord intervenu, mais compte toujours discuter de la sécurité de l'approvisionnement en gaz de l'Europe, a indiqué le ministre autrichien de l'Économie dont le pays préside l'Union européenne depuis le 1er janvier.

«Nous espérons bien que l'accord assurera aussi la sécurité à long terme de l'approvisionnement en gaz de l'Union européenne», a déclaré Martin Bartenstein.

«Le gaz russe restera l'épine dorsale de l'approvisionnement énergétique de l'Europe, mais nous devrons assurément tirer la leçon de ce qui s'est passé ces derniers jours», a-t-il ajouté en soulignant que les Vingt-Cinq allaient devoir travailler «à la diversification des réseaux de conduites».

Les États-Unis et l'Europe ont exprimé leur préoccupation devant l'utilisation par la Russie de l'arme gazière pour punir le président ukrainien Viktor Iouchtchenko d'avoir choisi le camp occidental à son arrivée au pouvoir lors de la Révolution orange de la fin 2004.

Pour Oleksander Dergatchev, un analyste ukrainien indépendant, la Russie, bien que dominante sur le plan énergétique, n'a pas réussi à totalement imposer sa volonté. «La tentative russe de déstabiliser l'Ukraine économiquement et politiquement n'a pas réussi», estime-t-il.