À trois semaines d'élections en sursis - Le chaos s'accroît à Gaza

Les rebelles ont démoli un tronçon de la clôture entre l’Égypte et Gaza.
Photo: Agence Reuters Les rebelles ont démoli un tronçon de la clôture entre l’Égypte et Gaza.

Des militants des Brigades des martyrs d'al Aksa, un groupe armé dissident du Fatah de Mahmoud Abbas, ont démoli hier un tronçon de clôture frontière entre l'Égypte et la bande de Gaza, où l'anarchie sécuritaire s'aggrave à trois semaines des élections palestiniennes. Ils ont ainsi réalisé leur menace d'empêcher la tenue des élections législatives en imposant la fermeture temporaire du point de passage de Rafah.

Après s'être emparés d'un bulldozer de la municipalité, les activistes ont détruit une partie de la clôture frontalière, en béton, à Rafah, opérant une brèche de huit mètres, selon des témoins.

Les activistes entendaient ainsi protester contre l'arrestation mardi d'un des leurs, Alaa Al-Hams, par les services de sécurité palestiniens, soupçonné d'implication dans le rapt de trois Britanniques la semaine dernière.

Des dizaines de personnes sont alors passées par la brèche pour se diriger vers le territoire égyptien, s'arrêtant devant des barbelés derrière lesquels se tenaient des gardes-frontières égyptiens, selon des témoins.

Une centaine de miliciens se sont postés à l'entrée du terminal, interdisant aux passagers d'y pénétrer et ont sommé les voyageurs présents dans la cour extérieure du point de passage de quitter les lieux.

Tirant en l'air, les dissidents ont fait évacuer le terminal frontalier, où des observateurs de l'Union européenne supervisent les transits, et en ont interdit l'accès durant une heure et demie pour obtenir de savoir où un de leurs leaders était détenu par la police officielle palestinienne.

Celui-ci, Alaa Al-Hams, a été enlevé mardi à Rafah par des policiers en civil qui voulaient l'interroger, selon un responsable, sur son rôle dans le bref enlèvement la semaine dernière d'une militante britannique pro-palestinienne et de ses parents.

Ces éléments rebelles ont autorisé la réouverture du poste frontière après avoir été informés de l'endroit où Al-Hams était détenu, mais ils exigent sa libération et, en attendant, continuent à occuper les locaux officiels, dont un qui s'occupe de la préparation des élections.

Cette agitation incontrôlée de militants armés issus de la base du Fatah pose un défi à Abbas, qui dirige à la fois l'Autorité autonome palestinienne et le Fatah, mais ne semble pas en mesure de remettre de l'ordre dans le territoire ni dans son propre mouvement.

Ce chaos grandissant à Gaza, quatre mois après son évacuation par Israël, laisse planer un doute sur la bonne tenue des élections, que nombre de dirigeants du Fatah voudraient qu'Abbas reporte pour ne pas faire le jeu du Hamas.

Perçu comme plus discipliné et moins corrompu que le Fatah, le mouvement islamiste joue pour la première fois le jeu des urnes et pourrait faire mieux que bonne figure aux élections, qu'il entend, lui, voir se dérouler coûte que coûte.

Après avoir exclu de les ajourner de nouveau — elles devaient initialement se tenir l'été dernier — Abbas a évoqué lundi, pour la première fois, le possible report des élections, mais seulement si Israël empêchait les Palestiniens de Jérusalem-Est de voter.

La campagne électorale a néanmoins démarré mardi dans un climat d'incertitude, car la police israélienne a empêché les candidats de faire campagne à Jérusalem.

Sami Abou Zourhi, porte-parole du Hamas, a présenté les élections comme le premier pas pour résoudre la crise palestinienne. «Notre peuple est au seuil d'une nouvelle ère, une ère de changement véritable et de réforme», a-t-il dit.