Gebran Toueni était député et directeur du journal An Nahar - Un anti-syrien notoire est assassiné à Beyrouth

Des manifestants se sont rendus hier devant les locaux d’An Nahar.
Photo: Agence Reuters Des manifestants se sont rendus hier devant les locaux d’An Nahar.

Le député libanais Gebran Toueni, directeur du journal anti-syrien An Nahar, a été tué hier à Beyrouth dans un attentat à la voiture piégée, 24 heures après son retour de Paris où il avait séjourné ces derniers mois de crainte d'être assassiné.

Un groupe inconnu jusqu'à présent, Les combattants de l'unité et de la liberté au Levant, a revendiqué cet assassinat dans un communiqué non authentifiable en menaçant quiconque s'oppose à l'«arabisme» au Liban.

La Syrie s'est défendue d'être pour quoi que ce soit dans cet attentat, qu'elle a condamné, tout comme le président libanais Émile Lahoud, dernier allié en vue de Damas à Beyrouth.

Selon la police, une voiture contenant une centaine de kilos de dynamite a sauté au passage du 4x4 blindé de Toueni, tuant celui-ci, son chauffeur, son garde du corps et une quatrième personne, et faisant une trentaine de blessés alentour.

L'attentat s'est produit dans le quartier chrétien de Mkallès, à Beyrouth-Est. L'engin explosif, télécommandé, a projeté dans les airs le véhicule de Toueni, dont la carcasse s'est retrouvée à des dizaines de mètres de là, dans une autre rue, ses occupants complètement calcinés.

Dans un communiqué diffusé par leur agence de presse officielle, les autorités de Damas ont affirmé que le moment choisi pour assassiner Toueni indiquait que l'attentat était «programmé de telle sorte que la Syrie en soit accusée». «La Syrie dénonce ce crime qui a coûté la vie à des Libanais, quelles que soient leurs couleurs politiques», a déclaré pour sa part le ministre syrien de l'Information Mahdi Dakhl-Allah à la chaîne de télévision libanaise LBC.

«Gebran Toueni et An Nahar étaient menacés depuis longtemps par le régime syrien. Nous avons reçu le message. Nous persévérerons. Ils ont tué Gebran Toueni aujourd'hui parce que Mehlis présente son rapport aujourd'hui. C'est un message à l'adresse de la communauté internationale et de la communauté libanaise», a dit le député et leader druze libanais Walid DjoumblattDjoumblatt.

Le premier ministre libanais, Fouad Siniora, a convoqué une réunion d'urgence du cabinet peu après l'assassinat. Beyrouth a demandé aux Nations unies d'enquêter. «Je demanderai au Conseil de sécurité d'enquêter sur ce crime et les autres», a-t-il déclaré, faisant allusion à la douzaine d'autres attentats commis contre des personnalités anti-syriennes depuis l'assassinat de l'ancien premier ministre Rafic Hariri, en février dans la capitale libanaise.

Le ministre des Télécommunications Marwan Hamadé avait été grièvement blessé début octobre 2004 dans un attentat à l'explosif. Il a été suivi en février 2005 par un attentat qui a coûté la vie à Rafic Hariri et au député Bassel Fleyhane ainsi qu'à une vingtaine d'autres personnes.

Des attentats ont eu lieu les mois suivants dans lesquels ont péri l'écrivain et journaliste Samir Kassir (juin) et le militant communiste antisyrien Georges Haoui (juillet).

Le vice-premier ministre Elias Murr et une journaliste-vedette de la télévision privée LBC, May Chidiac, ont également été blessés dans des attentats à l'explosif, respectivement en juillet et septembre.

Le chef du gouvernement libanais a estimé que le meurtre de Hariri «allait au-delà des assassinats personnels» et que, en conséquence, il demanderait la formation d'un tribunal international pour en juger les auteurs.

Immédiatement, cinq ministres chiites libanais pro-syrien et un allié du président Émile Lahoud ont annoncé qu'ils suspendaient leur participation au gouvernement.

Le ministre de l'Information Ghazi Aridi a déclaré que Beyrouth demandera au Conseil de sécurité «d'élargir la tâche de la commission d'enquête créée par la résolution 1595, relative à l'assassinat de l'ex-premier ministre Rafic Hariri, ou de créer une commission indépendante pour aider les autorités libanaises dans l'enquête sur la série de crimes terroristes qui frappent le pays.»

Le Conseil de sécurité a «condamné dans les termes les plus forts» l'assassinat de Tuéni. Dans une déclaration lue par son président, l'ambassadeur britannique Emyr Jones Parry, le Conseil qualifie la victime de «patriote et héraut de la liberté, de la souveraineté et de l'indépendance politique du Liban».

La communauté internationale a pour sa part unanimement condamné l'attentat, dénonçant, sans désigner ouvertement Damas, le nouveau meurtre d'un défenseur de «l'indépendance» du pays.

La présidence britannique de l'Union européenne a condamné le dernier «d'une série [d'attentats] contre les partisans de la démocratie libanaise».

Les États-Unis ont condamné eux aussi «l'attaque barbare» contre M. Tuéni, selon un communiqué de l'ambassadeur au Liban, Jeffrey Feltman.