Ancien premier ministre irakien - Allaoui aurait échappé à un attentat

L'ancien premier ministre irakien Iyad Allaoui affirme avoir échappé hier à une tentative d'assassinat lors d'un déplacement électoral mouvementé à Nadjaf, dans le principal lieu saint de l'islam chiite d'Irak.

«Cela semble avoir été une tentative d'assassinat», a déclaré Allaoui à son retour à Bagdad.

D'après sa version, 60 à 70 hommes vêtus de noir et munis d'armes à feu et de couteaux ont attaqué sa délégation alors qu'il priait dans la mosquée de l'imam Ali.

L'un des assaillants a pointé son arme, mais l'a laissée tomber avant de tirer, a ajouté l'ancien premier ministre.

«Nous pensons que c'était prémédité, étudié et planifié: la façon dont ils se sont séparés en trois groupes, il est évident qu'ils avaient l'intention de tuer soit l'ensemble de la délégation soit moi au moins», a commenté Allaoui. «Cet homme qui a relâché son pistolet a semblé pris de panique lorsque son arme est tombée de sa main», a-t-il poursuivi.

L'ancien premier ministre a précisé que seuls quelques gardes du corps non armés l'avaient accompagné à l'intérieur de la mosquée.

Allaoui, laïc issu de la majorité chiite d'Irak, s'oppose aux partis chiites religieux en vue des élections législatives du 15 décembre. Il a refusé de désigner d'éventuels coupables à la suite de cette agression présumée, mais il a fait comprendre que ses soupçons se portaient sur des miliciens islamistes.

Allaoui, dont le programme de répression de la violence et des milices religieuses recueille des soutiens dans les différentes confessions irakiennes, s'est élevé contre le courant islamiste au pouvoir dans le cadre de la campagne pour les élections du 15 décembre.

Par ailleurs, le procès de Saddam Hussein reprend aujourd'hui à Bagdad, dans un climat de doutes croissants sur la capacité du tribunal irakien mis en place par les États-Unis de satisfaire à la fois l'exigence d'équité mise en avant par la communauté internationale et les appels à une condamnation rapide lancés par une majorité d'Irakiens.

Au total, l'ancien dirigeant irakien et ses sept co-accusés ont comparu six heures devant leurs cinq juges depuis le début du procès le 19 octobre. Dès le premier jour, les débats ont été ajournés au 28 novembre, date à laquelle ils ont été une nouvelle fois repoussés d'une semaine.

Ce dernier report a été décidé afin de permettre à deux des accusés, l'ancien vice-président Taha Yassine Ramadan et l'ancien chef des services de renseignement Barzane al Tikriti, de retrouver des avocats après l'assassinat de l'un des défenseurs et la fuite à l'étranger d'un autre.

Un autre avocat de la défense a été assassiné depuis le début du procès.

Ces conditions de sécurité suscitent l'inquiétude de la communauté internationale sur le caractère équitable du procès.

«Nous sommes déjà préoccupés par ce que nous avons vu jusqu'à présent, nous sommes préoccupés par le meurtre de deux avocats de la défense et par le fait qu'un autre ait été grièvement blessé», a déclaré à Reuters John Pace, chargé de la question des droits de l'homme au sein de la Mission d'assistance des Nations unies en Irak.

«Nous pensons que les carences dans le mode d'administration de la justice, ajoutées aux antécédents sur les conditions dans lesquelles a été crée ce tribunal, ne permettront pas de garantir un processus susceptible de répondre aux exigences internationales», a-t-il ajouté, en jugeant la «légitimité du tribunal [...] fortement contestée à de nombreux égards».

Tous les accusés ont plaidé non coupables de crimes contre l'humanité lors de la répression en 1982 d'une tentative d'assassinat de Saddam Hussein, qui s'était soldée par la mort de 148 hommes à Doudjaïl, au nord de Bagdad. Ils encourent la peine de mort par pendaison.

Depuis le début, la stratégie de la défense est de contester la légitimité du tribunal et Saddam Hussein se comporte lui-même comme s'il demeurait le président de l'Irak, ce qui irrite nombre de ses concitoyens.

Beaucoup d'Irakiens réclament davantage de fermeté à l'encontre de leur ancien dirigeant et souhaitent une rapide condamnation à mort. À leurs yeux, les États-Unis pèsent sur la conduite des débats afin de présenter ce procès comme équitable, ce qui laisserait trop de marge de manoeuvre à Saddam.