Allemagne - La gamine devient chancelière

Angela Merkel
Photo: Agence Reuters Angela Merkel

Le Bundestag a tourné la page, hier, après plusieurs semaines d'incertitude politique, en confirmant la chef de file de l'Union chrétienne-démocrate (CDU), Angela Merkel, au poste de chancelière fédérale d'Allemagne. Merkel a obtenu une majorité confortable de 397 voix au Bundestag, qui compte 614 sièges. Ce score, le plus élevé jamais obtenu par un chancelier, signifie toutefois que 51 des 448 députés de la «grande coalition» ne lui ont pas accordé leur soutien.

Berlin — Ridiculisée pour son manque de charisme, critiquée pour son autoritarisme, la conservatrice Angela Merkel est pourtant devenue hier la première chancelière de l'histoire allemande.

Cette physicienne de 51 ans, naguère surnommée «la gamine» par Helmut Kohl, a attendu 1990 pour pousser la porte de la CDU. Mais 15 ans lui auront suffi pour s'imposer à la succession de Gerhard Schröder, sans même s'appuyer sur un bastion régional.

«Personne, dans l'Allemagne de l'après-guerre, n'a progressé aussi vite et n'est allé aussi loin en surgissant de nulle part», commente son biographe Gerd Langguth, chrétien-démocrate de longue date.

Avant de se présenter devant les électeurs, Merkel a dû s'imposer aux commandes de la droite chrétienne, malgré des caractéristiques (femme, protestante et issue d'Allemagne de l'Est) qui la rendent triplement atypique.

Habilement, elle s'est appuyée sur ses origines «ossies» pour sortir du lot, mais a pris soin, par la suite, de multiplier les contacts à l'Ouest, de soigner sa connaissance des dossiers et de s'afficher comme la candidate «de tous les Allemands».

Candidate de transition

Née dans la ville portuaire de Hambourg le 17 juillet 1954, elle a grandi dans une petite ville de République démocratique d'Allemagne, Templin, située à une centaine de kilomètres de Berlin, où son père était pasteur protestant.

«Tout a toujours été un combat, un combat pour ne pas attirer l'attention, un combat pour être un peu meilleure que tous les autres», a dit Merkel à propos de son enfance, éclairant sa trajectoire politique.

Alors qu'elle souhaitait être professeur de physique et de russe, elle est interdite d'enseignement à cause de ses liens avec l'Église, élément qui joue en sa faveur lorsqu'elle rejoint la CDU en 1990, juste avant la réunification.

Sa victoire aux législatives dans une circonscription «ossie» lui vaut d'attirer l'attention du chancelier Helmut Kohl, qui la prend sous son aile et la nomme à la tête du ministère de la Condition féminine et de la Jeunesse, puis du ministère de l'Environnement.

L'ascension discrète de Merkel fait d'elle une candidate de transition idéale en avril 2000, lorsque le scandale des «caisses noires» met en lumière le financement occulte du parti chrétien-démocrate.

Fan de Reagan

La nouvelle présidente de la CDU laisse pourtant sa marque lors de son entrée en fonctions en se distanciant ouvertement de son ancien mentor, dont elle dénonce la responsabilité dans une affaire l'accusant d'avoir accepté près d'un million de dollars de dons illégaux.

Merkel fait le ménage dans le parti, obtient en 2002 la présidence du groupe parlementaire en écartant Friedrich Merz, un opposant notoire, puis impose en 2004 son candidat Horst Koehler à la présidence de la République, face à Wolfgang Schaüble, l'ancien bras droit de Kohl.

Malgré les rumeurs de putsch fomenté par la vieille garde conservatrice, elle obtient, au printemps 2005, l'investiture de la CDU-CSU pour la chancellerie, après s'être effacée en 2002 devant le Bavarois Edmund Stoiber.

À l'issue du scrutin du 18 septembre, remporté de justesse alors que les instituts de sondage annonçaient un triomphe, Merkel ne flanche pas.

Oubliées sa réputation d'autoritarisme et les inimitiés qu'elle a créées à droite, «Angie» s'impose comme le choix numéro un des conservateurs pour la chancellerie et surmonte l'opposition farouche des sociaux-démocrates.

Peu loquace sur sa vie privée, Merkel, qui n'a pas d'enfant, avait adouci son apparence durant la campagne, même si elle n'apparaissait qu'en de très rares occasions avec son deuxième mari, le chimiste berlinois Joachim Sauer. Tout juste avait-elle alors confessé un léger faible pour deux acteurs américains: Dustin Hoffman et Ronald Reagan, «outsider politique» passé des séries B à la Maison-Blanche.