Le projet de charte de Bouteflika est approuvé à 97%

Le ministre algérien de l’Intérieur Noureddine Zerhouni a parlé hier de «transparence».
Photo: Agence Reuters Le ministre algérien de l’Intérieur Noureddine Zerhouni a parlé hier de «transparence».
Abdelwahab, un militant des droits de l'homme, s'en amuse: «Normal: on se retrouve à avoir tous voté, alors que les bureaux de vote de l'Algérois étaient quasi déserts et que, parfois, les gens ne savaient pas où ils se trouvaient. Même les grands-pères décédés ont voté!». Avec son fils, il a passé la journée à «tourner» dans la capitale et sa périphérie. Ils ont fait le même constat que la plupart des observateurs: une affluence bien faible pour une participation si importante. Yazid Zehrouni, le ministre de l'Intérieur a, lui, insisté sur le score «record d'Alger: 71,83 %», ainsi que sur celui — «record» aussi — des villes les plus touchées par le terrorisme. Or, l'après-midi du vote, l'AFP notait que les gens s'étaient peu déplacés dans ces villes martyrs... Et sur la côte ouest d'Alger, des bus frappés du portrait de Bouteflika et du slogan «Pour l'Algérie» faisaient la navette entre les quartiers populaires et les centres de vote pour ameuter les électeurs...

«Ces résultats, connus d'avance, parlent d'eux-mêmes [...]. Ils ne régleront rien mais vont au contraire aggraver haines et ressentiments. Rien ne sera possible tant que le pouvoir s'obstinera à éluder les racines de la crise et ses responsabilités dans la tragédie que nous venons de vivre», commentait hier Hocine Aït-Ahmed, le leader du FFS, très implanté en Kabylie et qui avait appelé au boycott. De son côté, Saïd Sadi, le leader du RCD (opposition depuis sa sortie du gouvernement Bouteflika) dénonçait cette «bouffonnerie» et estimait que «le taux de participation a été multiplié par quatre».

Singulariser la Kabylie

Pour un diplomate de haut rang, c'est la configuration même de la fraude qui est inquiétante. «Le gonflement artificiel de la participation dans tout le pays, sauf en Kabylie où les résultats officiels correspondent grosso modo à la réalité, vise à singulariser cette région et à signifier que "toute l'Algérie a voté pour la paix, à l'exception de la Kabylie" où, a affirmé le ministre de l'Intérieur, "des gens ont tenté de perturber le vote". Cela n'a qu'un objectif: déplacer la crise en opposant arabes et kabyles».

Le haut niveau de participation et le poids du «oui» constituent un soutien solide au projet du président Bouteflika, a déclaré le ministre de l'Intérieur, Noureddine Zerhouni lors d'une conférence de presse hier. Le référendum algérien n'était supervisé par aucune organisation indépendante et des observateurs ont dit douter du taux de participation annoncé du fait que beaucoup de bureaux de vote étaient à moitié vides. Zerhouni a assuré que le scrutin s'était déroulé dans une «transparence totale».

Ce référendum plébiscite permettra-t-il à Abdelaziz Bouteflika de tirer un trait sur la sale guerre? L'adoption de la Charte permet certes d'octroyer une amnistie partielle aux groupes armés islamistes et surtout à des forces de sécurité accusées d'exactions pendant la guerre civile et responsables de la disparition de 15 à 20 000 personnes. Rien ne dit pour autant qu'un scrutin, qui plus est au résultat si peu crédible, fera taire la colère des familles de disparus et des victimes du terrorisme qui, pour la première fois, ont travaillé ensemble.

La manière dont ces familles ont été malmenées pendant toute la campagne référendaire indique que la répression pourrait bien constituer la réponse à leur exigence de «vérité» et de «justice». D'autant que la Charte adoptée autorise Bouteflika à agir... en lieu et place des Algériens. «Le peuple mandate le président pour prendre toutes les mesures visant à concrétiser les dispositions» de la Charte.

Années 70

Le verrouillage de la société auquel on assiste depuis déjà plusieurs mois — interdiction aux opposants d'accéder aux médias publics, arrestation de militants, de journalistes, de syndicalistes indépendants, etc. — n'incite guère à l'optimisme. «La référence absolue de Bouteflika, ce sont les années 70, estime un économiste. Il nous y ramène de force et nous n'aurons qu'un choix: la répression ou la corruption par l'argent. Comme il y en a beaucoup, c'est difficile de résister. Pour le reste, il risque de transformer des émeutes sociales déjà récurrentes en seul moyen d'expression.»

Une chose est sûre. En position de force grâce aux revenus des hydrocarbures et à la fin de la sale guerre, le président algérien sait pouvoir compter sur la complaisance des grandes puissances. À

commencer par la France qui a salué cette... «consultation démocratique». Les États-Unis en ont fait certes autant, mais en soulignant: «Il aurait été important que tous les points de vue sur la question vitale de la réconciliation s'expriment publiquement».

Avec l'Agence France-Presse

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