Un proche de Bush inculpé pour une affaire de financement électoral

Ton DeLay a rencontré la presse hier à Washington.
Photo: Agence Reuters Ton DeLay a rencontré la presse hier à Washington.

Washington — Un proche du président américain George W. Bush, Tom DeLay, chef de file de la majorité républicaine à la Chambre des représentants, a été inculpé de complot hier dans le cadre d'une affaire de collecte de fonds et a annoncé qu'il quittait ses fonctions.

Ronnie Earle, un procureur du Texas enquêtant depuis trois ans sur une affaire de financement politique, a obtenu hier l'inculpation de M. DeLay par une chambre d'accusation, après avoir depuis un an mis en cause plusieurs de ses proches.

M. DeLay est accusé d'avoir participé à l'organisation d'un circuit financier entre le parti républicain au niveau national et certains candidats aux législatives du Texas de 2002, ayant permis la participation illégale de plusieurs sociétés à leurs frais de campagne, selon l'acte d'accusation. Les sommes en jeu atteignent 190 000 dollars. DeLay risque jusqu'à deux ans de prison et 10.000 dollars d'amende.

M. DeLay a immédiatement renoncé à diriger la majorité républicaine, au moins «temporairement», tout en conservant son siège de représentant du Texas à la Chambre.

Pendant ce temps son porte-parole Kevin Madden l'a décrit en victime d'une «vendetta» menée par le procureur Earle, un démocrate. «Les accusations n'ont aucun fondement, ni dans les faits ni dans le droit», a assuré M. Madden.

De son côté, la Maison-Blanche a annoncé que le président George W. Bush gardait son amitié à M. DeLay. «Le président le tient pour un bon allié et un ami», a dit le porte-parole présidentiel Scott McClellan, refusant de se prononcer sur le fond de l'affaire.

L'homologue de M. DeLay dans l'opposition démocrate, Nancy Pelosi, a en revanche vu dans l'inculpation de M. DeLay «le dernier exemple en date montrant que les républicains du Congrès sont affligés d'une culture de corruption, aux dépens du peuple américain».

M. Delay, surnommé le marteau pour la discipline de fer qu'il fait régner dans son groupe parlementaire, avait déjà reçu plusieurs «blâmes» ces derniers mois de la commission d'éthique de la Chambre pour divers manquements, étant accusé notamment d'avoir bénéficié des largesses de lobbyistes de Washington. L'un de ces hommes d'influence proches de M. DeLay, Jack Abramoff, a lui-même été inculpé le mois dernier pour un affaire d'immobilier.

Le procureur Earle, qui enquête sur une campagne électorale de 2002, a annoncé hier lors d'une conférence de presse que son enquête, pas encore achevée, avait déjà conduit à l'inculpation de deux associations, de huit sociétés et de quatre personnalités, pour un total de 81 chefs d'inculpation. Il a précisé que dans ce contexte M. DeLay était accusé d'avoir encouragé des financements électoraux illégaux.

De fait, trois proches de M. Delay et huit sociétés avaient été inculpés dès l'an dernier, alors que la justice cherche à établir la légalité de 2,5 millions de dollars offerts par des sociétés ayant servi à financer la campagne des républicains.

M. DeLay avait longtemps assuré que cette enquête ne le concernait en rien, puisqu'il ne jouait plus de rôle dans l'association «Texans pour une majorité républicaine», au centre de l'enquête et qu'il avait fondée. Cette association est à son tour sous le coup d'une inculpation depuis quelques semaines.

La victoire de 2002 des républicains du Texas dans les élections au Parlement local leur avait ensuite permis d'organiser un redécoupage de la carte électorale.

Les effets s'en sont fait sentir dès les élections législatives fédérales de novembre 2004, où les républicains ont conquis trois nouveaux sièges au Texas.