UE : des préliminaires ardus avec la Turquie

La tension a grimpé d'un cran hier lorsque la Turquie a laissé planer la menace de la chaise vide aux pourparlers d'adhésion à l'Union européenne prévus pour lundi tandis que l'Europe donnait des signaux contradictoires sur ces pourparlers.

À Ankara, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Namik Tan, a affirmé devant les journalistes que son pays pourrait bouder ces discussions si le cadre des négociations était en deçà de ses attentes. «Il est clair que nous prendrons notre décision finale quand le cadre des négociations aura été totalement clarifié et que nous l'aurons évalué», a dit M. Tan.

Ce serait «une énorme trahison» si l'Europe tournait maintenant le dos à la Turquie, a pour sa part déclaré le ministre britannique des Affaires étrangères, Jack Straw, qui s'exprimait devant les délégués du parti travailliste réunis à Brighton pour leur conférence annuelle. Ces négociations sont l'une des «plus hautes priorités» de la présidence britannique de l'UE, a-t-il ajouté.

M. Straw a fait ces déclarations alors que les 25 apparaissent très divisés, après le nouveau refus d'Ankara de reconnaître Chypre.

Les 25 n'ont toujours pas réussi à s'entendre sur le document qui fixera les principes directeurs des négociations d'adhésion. Leurs ambassadeurs à Bruxelles doivent se réunir à nouveau aujourd'hui pour tenter de trouver un accord.

Un diplomate turc a affirmé que le programme du ministre turc des Affaires étrangères, Abdullah Gül, à Luxembourg, n'avait pas encore été fixé en raison de l'imbroglio sur le cadre des négociations.

Le projet de texte préparé par la Commission, et qui peut être amendé par les 25 d'ici lundi, parle d'objectif d'adhésion et d'un processus ouvert et sans garantie.

Dans ce contexte, M. Tan a exclu toute autre formule ou proposition qu'une pleine adhésion de la Turquie à l'Union. «Nous sommes conscients que les négociations seront longues et semées d'embûches, mais une autre option qu'une adhésion à part entière est absolument inacceptable», a-t-il dit.

Le Parlement

Le Parlement européen s'est pour sa part contenté hier de prendre acte de l'ouverture, le 3 octobre prochain, des négociations d'adhésion avec la Turquie, en l'accompagnant de conditions suspensives.

Dans une résolution adoptée par 356 voix contre 181 et 25 abstentions, il a estimé que la suspension des négociations pourrait être envisagée fin 2006 si la Turquie n'a pas mis en oeuvre d'ici là l'intégralité du protocole d'Ankara qui étend son union douanière avec l'UE aux dix nouveaux membres.

La Turquie a signé le 29 juillet dernier cet accord en l'assortissant d'une déclaration précisant qu'il n'avait pas valeur de reconnaissance de la République de Chypre avec laquelle elle est en conflit depuis 1974. Elle a annoncé son refus d'ouvrir ses ports et ses aéroports aux navires et aux avions chypriotes grecs, suscitant une réaction des 25 qui ont rappelé que la reconnaissance de Chypre constituait un «élément nécessaire» à l'entrée de la Turquie.

Si la position du Parlement n'a pas de valeur contraignante à ce stade de la procédure, elle constitue un avertissement dans la mesure où l'accord des eurodéputés sera nécessaire, au terme des négociations, pour faire entrer la Turquie dans l'Union. Pour accentuer la pression, les députés européens ont décidé d'ajourner l'approbation du protocole d'Ankara, ce qui ne remet pas en cause l'ouverture des négociations.