Le chef d'al-Qaïda en Espagne est condamné

Madrid — Le chef d'al-Qaïda en Espagne, le Syrien Imad Eddin Barakat Yarkas, appelé Abou Dahdah, a été condamné hier à Madrid pour conspiration en vue des attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis et 17 autres personnes dont le journaliste Tayssir Allouni, l'ont été pour appartenance ou complicité avec al-Qaïda.

En énonçant une peine de 27 ans pour Dahdah, les juges de l'Audience nationale n'ont pas suivi l'accusation, qui réclamait un record de 74 377 années de prison pour lui et deux autres accusés, le Marocain Driss Chebli et le Syrien Ghasoub al Abrash Ghalyoun, dont 25 ans pour chacun des 2973 assassinats terroristes commis le 11 septembre.

Chebli a été condamné à six ans de prison pour appartenance à al-Qaïda, et Ghalyoun a été acquitté avec cinq autres accusés. Le journaliste-vedette de la chaîne satellitaire qatariote Al-Jazira, Tayssir Allouni, auteur de la première interview d'Oussama ben Laden en Afghanistan après les attentats du 11 septembre, a été condamné à sept ans de prison pour collaboration avec al-Qaïda.

Le reste des accusés ont été condamnés à des peines comprises entre six et onze ans de prison pour appartenance ou collaboration avec al-Qaïda.

Ce verdict relativement clément conclut le plus grand procès jamais organisé en Europe contre al-Qaïda, qui s'est tenu du 22 avril au 5 juillet sous haute sécurité.

Abou Dahdah était en particulier accusé d'avoir prêté son concours à une réunion en juillet 2001 à Tarragone, où le chef du commando suicide, l'Égyptien Mohammed Atta et un autre membre d'al-Qaïda, Ramzi Bin Al Shibh, auraient réglé les derniers détails des attentats. Il s'était défendu au procès de tout lien avec al-Qaïda, disant seulement soutenir moralement le djihad.

Abou Dahdah est aussi considéré comme le maître d'oeuvre des réseaux islamistes d'où sont nés les attentats du 11 mars 2004 à Madrid (191 morts et 1900 blessés), revendiqués par al-Qaïda, dont le procès devrait se tenir en 2006.

Le journaliste espagnol d'origine syrienne Tayssir Allouni n'a pas convaincu ses juges d'une innocence qu'il n'a cessé de clamer. Le reporter d'Al-Jazira était notamment accusé d'avoir remis 4000 dollars à Mohamed Bahia, un dirigeant d'al-Qaïda en Afghanistan qu'il avait aussi hébergé à son domicile de Grenade.

Le jugement met en exergue l'antériorité de ses relations avec plusieurs dirigeants d'al-Qaïda à son embauche par Al-Jazira, survenue alors qu'il n'était que traducteur pour l'agence Efe en Espagne.

Al-Jazira va «étudier les possibilités de faire appel», a déclaré le directeur général de la chaîne, Waddah Khanfar. L'association Reporters sans frontières s'est pour sa part déclarée surprise du jugement espagnol, évoquant un possible «lien avec le métier de journaliste du condamné, et donc avec la liberté d'expression».