Pour éviter la prolifération - Washington est prêt à vendre du combustible nucléaire

Vienne — Les États-Unis ont annoncé hier leur intention de fournir du combustible nucléaire aux pays renonçant à l'enrichissement d'uranium afin de lutter contre la prolifération d'armes nucléaires.

Selon son intensité, l'enrichissement d'uranium peut servir à la production d'énergie ou à la fabrication d'armes atomiques.

«Nous travaillons avec les principaux fournisseurs et avec l'AIEA à un mécanisme d'approvisionnement en amont en faveur des pays qui renoncent à investir dans des installations domestiques qui leur permettraient d'enrichir [de l'uranium] ou de retraiter [du plutonium]», a déclaré le secrétaire américain à l'Énergie, Samuel Bodman, dans un communiqué publié à l'occasion de la conférence générale annuelle de l'Agence internationale de l'Énergie atomique.

«Le département américain de l'Énergie va consacrer jusqu'à 17 tonnes d'uranium hautement enrichi à un mécanisme d'approvisionnement garanti en combustible, administré par l'AIEA», a-t-il précisé.

D'après un diplomate occidental, les États-Unis estiment que cette quantité, qui devrait être disponible d'ici à 2009, permettrait le fonctionnement de 10 réacteurs.

Mohamed ElBaradeï, le directeur général de l'AIEA, a lui-même suggéré la mise en place d'un système international et indépendant permettant d'approvisionner en combustible nucléaire les pays qui renonceraient à enrichir eux-mêmes l'uranium. Le communiqué des États-Unis ne précise pas toutefois si leur initiative s'inscrit dans le cadre de cette «banque mondiale» du nucléaire proposée par Mohamed ElBaradeï.

Dans un communiqué transmis aux 139 membres de l'AIEA, le directeur général de l'agence onusienne souligne que les activités d'enrichissement d'uranium et de retraitement du plutonium constituent le point faible du régime de non-prolifération.

La crise iranienne illustre ce propos: l'Iran revendique le droit à enrichir de l'uranium à des fins pacifiques, afin de produire de l'électricité, mais les États-Unis et l'Union européenne soupçonnent Téhéran de chercher à se doter d'un arsenal nucléaire sous le couvert d'un programme énergétique.