Irlande du Nord - L'arsenal de l'IRA est démantelé après 35 ans de conflit

Belfast — L'arsenal de l'Armée républicaine irlandaise (IRA) a enfin été démantelé et le général canadien John de Chastelain, chargé du désarmement des paramilitaires nord-irlandais, l'annoncera officiellement aujourd'hui, en tournant symboliquement la page sur 35 ans de conflit armé.

«Je suis sûr que nous allons voir s'ouvrir le dernier chapitre de la question des armes de l'IRA», a assuré hier dans un communiqué le catholique Martin McGuinness, ancien chef de l'IRA, aujourd'hui numéro deux du Sinn Féin, son aile politique.

L'IRA avait officiellement renoncé à la violence le 28 juillet, après 35 ans d'affrontements meurtriers. Pour démontrer sa bonne foi, la principale organisation clandestine de l'île s'était engagée à démanteler son arsenal au complet dans les plus brefs délais.

Voilà qui est fait. Ce geste historique, réclamé à cor et à cri par les dirigeants protestants d'Irlande du Nord depuis les pourparlers de paix préparatoires de 1995, a enfin eu lieu.

Au cours d'une conférence de presse prévu aujourd'hui pour 13h, dans un hôtel de Belfast, le général de Chastelain donnera des précisions sur l'arsenal neutralisé, après avoir fait l'inventaire des armes mises «hors d'usage» avec les gouvernements britannique et irlandais.

Deux membres du clergé, le prêtre catholique Alex Reid et le pasteur méthodiste Harold Good, qui avaient été autorisés par l'état-major de l'IRA à assister au démantèlement des armes, témoigneront aussi devant la presse.

Plusieurs communiqués doivent aussi être publiés aujourd'hui, de la part des dirigeants de l'IRA, de Gerry Adams, le président du Sinn Féin, l'aile politique du mouvement, ainsi que du premier ministre britannique Tony Blair et de son homologue irlandais Bertie Ahern.

Relancer la paix

Tous vont miser sur cette initiative de l'IRA pour tenter de relancer le processus de paix, au point mort depuis près de trois ans. Tous espèrent voir redémarrer d'ici à quelques mois le gouvernement d'Irlande du Nord, où catholiques et protestants sont censés partager le pouvoir depuis les accords de paix d'avril 1998.

«Il s'agit de raviver le processus de paix, il s'agit de l'avenir de l'Irlande», a assuré Martin McGuinness, «et cela va placer une responsabilité énorme sur les épaules des dirigeants du parti démocratique unioniste», dirigé par le protestant ultra Ian Paisley.

De fait, dès l'annonce officielle du désarmement de l'IRA aujourd'hui, la balle sera dans le camp du chef du principal parti protestant unioniste, favorable au maintien de l'Irlande du Nord au sein du Royaume-Uni. Le révérend Paisley exigeait que le désarmement soit photographié, ce que l'IRA n'a pas accepté.

L'accord de paix du Vendredi saint (1998) prévoyait en principe le désarmement de tous les groupes armés, catholiques (comme l'IRA) ou protestants, ainsi que le démantèlement des installations militaires britanniques en Irlande du Nord.

Près de la moitié des quelque 3600 morts dans le conflit en Irlande du Nord ont été attribués à l'IRA.