Les Suisses n'ont pas peur du «plombier polonais»

Berne — La Suisse dit oui à l'Est et choisit d'ouvrir ses frontières aux travailleurs des dix nouveaux États membres de l'UE. Quatre mois après le «oui» aux accords Schengen/Dublin, les électeurs ont été 56 % hier à approuver l'extension de la libre circulation des personnes.

Les craintes d'une baisse des salaires en raison d'une immigration de main-d'oeuvre bon marché attisées par les opposants n'ont donc pas convaincu les Suisses qui ne redoutent pas le «plombier polonais».

L'accord de libre circulation avec les Quinze en vigueur depuis 2002 permet d'ores et déjà aux Suisses de travailler plus facilement dans l'UE et aux ressortissants communautaires de faire de même dans la Confédération pour autant qu'ils aient un contrat de travail. Il est désormais aussi valable avec l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie la Hongrie, la Slovénie, Malte et Chypre.

À Bruxelles, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a félicité hier le président de la Confédération Samuel Schmid et le peuple suisse pour ce «oui» à l'extension de l'accord sur la libre circulation. «Ce vote démontre que la Suisse et l'Union européenne travaillent ensemble avec succès pour promouvoir l'intégration de nos peuples et de nos économies et pour renforcer la cohésion de l'Europe», a-t-il déclaré.

Le patronat helvétique a fait part de sa «grande satisfaction» à l'issue du référendum, jugeant que les relations entre la Suisse et l'UE continueraient de reposer sur une base solide.

L'économie suisse, tournée vers les exportations, peut donc continuer à bénéficier de conditions favorables à la vente de ses produits en Europe. Un accès facilité aux marchés de chacun des 25 États membres de l'UE était donc jugé indispensable. «C'est exactement ce que nous obtenons avec l'extension des accords bilatéraux», souligne le patronat.

Cette ouverture à l'Est se veut graduelle et contrôlée et encore plus encadrée qu'avec les Quinze. Des contingents d'immigration, la priorité accordée aux travailleurs indigènes ainsi que le contrôle préalable des salaires seront appliqués jusqu'en 2011. Autant d'instruments qui doivent permettre de maîtriser l'immigration, d'éviter le «moins-disant salarial» et d'apaiser les craintes de hausse du chômage.