Irak - Pas de retrait britannique en vue

Brighton, Angleterre — Désireux de mettre un terme aux rumeurs, le premier ministre britannique Tony Blair a affirmé hier que les troupes britanniques resteraient en Irak tant que le gouvernement irakien en aurait besoin.

«Il n'y a aucune date arbitraire fixée», a déclaré Tony Blair sur la BBC, alors que son Parti travailliste se réunissait hier pour son congrès annuel à Brighton. Le premier ministre britannique réagissait aux informations de The Observer, qui annonçait hier que la Grande-Bretagne commencerait à retirer ses 8500 soldats d'Irak à partir de mai 2006 dans le cadre d'un plan de désengagement militaire devant être rendu public le mois prochain.

Tony Blair a également assuré que les deux soldats britanniques secourus la semaine dernière dans une prison de Bassora ne seraient pas remis aux autorités irakiennes. Les deux hommes avaient été arrêtés pour avoir tiré sur deux policiers irakiens. Des chars britanniques avaient démoli les murs de la prison pour les secourir.

«Nous ferons tout ce qui est nécessaire pour protéger nos soldats dans toutes les situations», a-t-il déclaré, précisant que Londres n'accepterait «absolument pas» les mandats d'arrêts émis par des juges irakiens à l'encontre des deux soldats.

Le leader travailliste s'est également exprimé sur l'insurrection en Irak et les difficultés pour restaurer l'ordre dans le pays depuis l'invasion des troupes de la coalition menée par les États-Unis en mars 2003.

«Je ne m'attendais pas à la même sorte de férocité de la part de chaque élément venu du Moyen-Orient qui entre en Irak et s'emploie de son mieux à perturber le processus politique» dans ce pays, a-t-il déclaré, évoquant les insurgés étrangers qui s'infiltrent en Irak depuis des pays voisins tels que l'Iran ou la Syrie. «Mais je n'ai absolument aucun doute sur ce que nous devons faire. Nous devons y rester», a-t-il assuré.

Le plan de retrait d'Irak, actuellement préparé par les gouvernements britannique et américain, sera présenté au parlement irakien en octobre, selon The Observer, qui cite des sources militaires haut placées.

La Grande-Bretagne a déjà informé le Japon — qui a également déployé des troupes en Irak — de sa décision de retirer ses soldats basés dans le sud de l'Irak. Selon des responsables à Tokyo, ce retrait rendrait impossible pour leur gouvernement de maintenir ses 550 soldats, placés sous gouvernement britannique.

Nouvelles violences

En Irak, les violences ont continué hier à faire rage. À Bagdad, un kamikaze a fait exploser son véhicule piégé contre un convoi de trois véhicules du ministère de l'Intérieur, tuant sept policiers et deux civils, selon le capitaine Nabil Abdelkader. Dix-neuf personnes, dont 11 membres d'une unité d'élite de la police, ont également été blessées.

À Hillah au sud de Bagdad, un attentat a fait un mort et 48 blessés hier matin sur un marché de la ville, selon la police irakienne. La bombe était installée sur une bicyclette et semblait viser un magasin de disques, selon le capitaine Muthana Khaled. Un attentat suicide y avait fait 125 morts et plus de 140 blessés en février dernier dans cette ville à la population mi-chiite mi-sunnite.

Par ailleurs, le quartier chiite déshérité de Sadr City dans l'est de la capitale irakienne a été le théâtre tôt samedi de combats entre forces américains et membres de l'Armée du Mahdi, la milice de l'imam radical Moqtada al-Sadr. Selon le commandant de police Falah al-Mohamadawi, une patrouille américaine a été la cible de tirs alors qu'elle tentait d'interpeller des miliciens présumés. En répliquant, elle a tué au moins huit hommes et blessé cinq autres.

Amer al-Husseïni, un proche collaborateur d'Al-Sadr à Bagdad, ne parle de son côté que de trois miliciens tués, les cinq autres étant des civils. Côté américain, on restait discret, parlant seulement de «certains éléments anti-irakiens tués».

À Mossoul, un affrontement entre assaillants et policiers tôt dimanche s'est soldé par la mort de deux civils, tandis que trois autres étaient blessés, selon le Dr Baha al-Din al-Bakri de l'hôpital Joumhouri.

La police irakienne a par ailleurs annoncé hier avoir découvert au moins sept cadavres en quatre endroits séparés de la ville: six hommes — dont un policier — ligotés et abattus et une femme d'une vingtaine d'années paraissant avoir été étranglée et torturée. Toujours dans la capitale, un obus de mortier a touché un checkpoint de l'armée irakienne, blessant quatre soldats.

À Samarra (95 km au nord de Bagdad), trois obus de mortier ont été tirés sur un quartier d'habitation. L'un d'eux a tué sept membres d'une même famille, selon la police locale.

Enfin, un soldat américain a été tué et deux autres blessés hier lorsque leur véhicule a eu un accident à Trebel (ouest), près de la frontière avec la Jordanie. Son décès porte à 1914 le nombre de soldats américains morts depuis le début de la guerre en Irak en mars 2003, selon un décompte de l'Associated Press.