Israël poursuit ses représailles

Massée à la frontière de la bande de Gaza, l’armée israélienne est fin prête à lancer une offensive terrestre. Hier, l’artillerie a même procédé à des tirs d’essai près de la frontière.
Photo: Agence France-Presse (photo) Massée à la frontière de la bande de Gaza, l’armée israélienne est fin prête à lancer une offensive terrestre. Hier, l’artillerie a même procédé à des tirs d’essai près de la frontière.

Gaza — Israël a poursuivi hier ses opérations militaires dans les territoires palestiniens, où la reprise des violences atténue les espoirs formulés par certains dirigeants quant à une relance du processus de paix après le retrait israélien de la bande de Gaza.

Si la manoeuvre a porté ses fruits auprès du Hamas, qui a annoncé hier l'arrêt des tirs de roquettes sur l'État hébreu, elle a au contraire attisé la colère du Djihad islamique, qui a annoncé hier soir qu'il mettait fin à sa trêve avec l'État hébreu, trêve qui perdurait depuis février. «Il n'y a plus de discussions de trêve, il ne reste que des discussions de guerre», a déclaré le chef du Djihad islamique, Mohammed al-Hindi, depuis son fief de Gaza et en Cisjordanie.

Plus tôt dans la soirée, l'aviation israélienne avait pris pour cible une voiture circulant sur une route côtière à Gaza, dans la bande de Gaza, tuant un haut responsable militaire du Djihad islamique, Mohammed Khalil, un des «plus hauts commandants en Palestine».

Selon les responsables de la santé palestinienne, une personne a été tué et deux autres personnes ont été blessées dans l'attaque, tandis que le bilan s'élevait à deux morts et quatre blessés, selon des responsables du ministère palestinien de l'Intérieur.

Auparavant, un hélicoptère israélien avait tiré deux autres missiles sur le nord de la bande de Gaza. De source militaire, on affirme que cette frappe visait des bâtiments utilisés par les activistes palestiniens.

Israël a multiplié les raids aériens depuis les tirs de roquettes palestiniennes vendredi sur le territoire israélien, présentés par les activistes comme des représailles à la mort de trois d'entre eux, quelques heures auparavant, lors d'une opération israélienne en Cisjordanie.

Massée à la frontière de la bande de Gaza, l'armée se tient prête à lancer une offensive terrestre sur ce territoire évacué le 12 septembre après 38 ans d'occupation. L'artillerie a même procédé à des tirs d'essai près de la frontière.

Les forces israéliennes ont en outre capturé hier 207 activistes présumés en Cisjordanie. Parmi les personnes interpellées figurent Hassan Youssef et Mohamed Ghazal, deux dirigeants du Hamas considérés comme des modérés au sein de cette organisation vouée à la destruction de l'État juif.

Cette démonstration de force aura convaincu le Hamas de faire marche arrière. Son chef, Mahmoud Zahar, a annoncé hier l'arrêt des tirs de roquettes sur l'État hébreu. «Nous appelons nos groupes militaires à cesser leurs opérations contre l'ennemi à partir de la Bande de Gaza», a déclaré Mahmoud Zahar lors d'une conférence de presse, en réaffirmant la validité du cessez-le-feu décrété il y a plus de six mois en Égypte.

«Nous appelons notre peuple et les factions de la résistance à protéger les détenteurs d'armes de la résistance, qui ne seront levées que pour faire face à l'occupation. Nous réitérons notre engagement à cesser toutes nos parades militaires», a-t-il ajouté.

Lors de sa conférence de presse, Mahmoud Zahar a expliqué que le Hamas voulait mettre fin aux violences pour protéger les Palestiniens de nouvelles attaques israéliennes et pour maintenir une atmosphère de joie après le récent retrait israélien de la bande de Gaza.

Une action continue

Contesté au sein de sa propre formation par les opposants au retrait de Gaza, le premier ministre israélien Ariel Sharon a prévenu que tous les moyens seraient mis en oeuvre pour «frapper les terroristes». Son cabinet restreint de sécurité avait déjà décidé la veille de renouer avec la politique d'«assassinats ciblés».

«Nous n'avons pas l'intention de mener une opération ponctuelle mais de mener une action continue, dont le but est de frapper sans relâche les terroristes», a déclaré Sharon à ses ministres.

Cette recrudescence des violences n'a pas officiellement rompu la trêve conclue en février entre Sharon et le président palestinien Mahmoud Abbas, et observée de facto par les activistes palestiniens. Israël a tout de même annulé une réunion prévue en début de semaine et qui devait servir à préparer le sommet Sharon-Abbas du 2 octobre. Cette rencontre entre les deux hommes est pour l'instant maintenue.

Soutenu par les États-Unis, qui «comprennent» les frappes israéliennes, Sharon est en revanche contesté par les radicaux du Likoud, qui l'accusent d'avoir trahi Israël et récompensé les activistes palestiniens en démantelant les colonies juives de la bande de Gaza.

Le comité central du Likoud s'est réuni hier pour examiner une proposition de Benjamin Nétanyahou, rival de Sharon, visant à avancer à novembre la date des primaires pour la direction du parti. Un vote est prévu aujourd'hui.

Le premier ministre, favorable au maintien du calendrier interne de sa formation, a prévenu qu'il n'hésiterait pas à claquer la porte du Likoud et à fonder un nouveau parti «centriste» en cas de désaveu. Une telle initiative déboucherait probablement sur la tenue d'élections législatives anticipées au printemps. La reprise des violences met aussi Abbas en difficulté.

Israël et les États-Unis exigent du président palestinien la fin des attaques anti-israéliennes et le démantèlement des groupes armés.

Abbas a vivement réagi à l'ordre donné par Sharon à son état-major d'utiliser tous les moyens nécessaires contre les activistes. «Il ne veut pas la paix, ni même la sécurité ou les négociations», a-t-il accusé.

Le Conseil législatif palestinien a pour sa part décidé de reporter le vote d'une motion de censure contre le gouvernement d'Ahmed Qoreï, auquel il est reproché une incapacité à faire régner l'ordre dans les territoires palestiniens.

Avec AP