Législatives - La Pologne bascule à droite

Varsovie — Le centre-droit l'a très nettement emporté hier lors des élections législatives polonaises, dont la gauche au pouvoir sort laminée, comme le prévoyaient les enquêtes réalisées tout au long de la campagne. Le taux de participation a été seulement de 40 %, soit le plus faible depuis l'instauration du pluralisme en 1989.

Au vu des sondages à la sortie des urnes rendus publics à l'issue du scrutin à 20h, le parti conservateur Droit et justice (PiS) était en tête avec environ 28 %, suivi par les libéraux de la Plate-forme civique (PO), qui recueilleraient de 24 à 26,4 %. Une majorité des sondages, durant la campagne, avaient donné la tendance inverse: la PO légèrement en tête devant Droit et justice.

D'après les projections, ces deux formations obtiendraient au moins 303 sièges sur un total de 460 à la chambre basse. C'est là la plus large victoire pour les héritiers de Solidarité depuis la transition démocratique de 1989. La Plate-forme civique et le PiS, formations issues du syndicat Solidarité, avaient annoncé avant même le scrutin leur intention de former un gouvernement de coalition, bien qu'ayant des divergences prononcées sur des sujets comme la fiscalité.

Dès l'annonce de ces premières estimations, l'un des leaders du parti Droit et Justice, Jaroslaw Kaczynski, a revendiqué la victoire ainsi que le poste de Premier ministre. «Nous avons gagné en tant que parti et, ce qui est plus important, nous avons gagné pour ce qui est de notre programme, d'une certaine idée de la Pologne, et cela devrait s'avérer décisif», a-t-il dit.

La Plate-force civique, malgré sa deuxième place, a fait connaître hier soir son intention de ne pas abandonner sa proposition phare sur un taux unique de fiscalité à 15 %. «Nous ne pouvons pas y renoncer. Je ne peux pas y renoncer», a dit Jan Rokita, leader du PO. Les deux grandes formations de droite s'accordent cependant sur la nécessité de lutter contre le chômage et contre la corruption.

Le président polonais, Aleksander Kwasniewski, a annoncé qu'il allait entamer dans les trois jours des consultations avec les partis politiques sur la formation d'un nouveau gouvernement. «Mardi [demain] soir ou mercredi matin au plus tard, nous pourrons engager des discussions avec les partis vainqueurs et répondre à la question de savoir qui sera le prochain premier ministre», a dit Kwasniewski à la télévision publique.

Le futur chef de gouvernement pourrait bien être l'un des jumeaux Kaczynski, en l'occurrence Jaroslaw, qui dirige Droit de justice avec son frère Lech.

Pas de percée pour les populistes

L'ancien président Lech Walesa, ancien dirigeant du syndicat Solidarité, n'a pas caché qu'il aurait préféré voir la Plate-forme civique devancer Droit et justice. «Il est difficile de croire que le PiS l'a emporté, parce que j'avais soutenu la Plate-forme. Si cela s'avère, je serai mécontent, parce que cela ne mènera à rien de bien. Ni les dirigeants du PiS Jaroslaw et Lech Kaczynski ni leur parti ne sont à mêmes de relever les défis. La Plate-forme aurait fait mieux, parce qu'elle compte des gens sensés.»

Comme prévu, la gauche au pouvoir est la grande perdante du scrutin, le Rassemblement pour la gauche démocratique (SLD) obtenant seulement 11 %, contre 41 % aux législatives de 2001. Avec un tel score, le SLD ne devrait avoir qu'une cinquantaine de sièges.

Les populistes anti-occidentaux tant de droite que de gauche, qui voici un an semblaient en passe de réaliser des gains importants, ont été marginalisés par la victoire de la droite. Le parti Autodéfense (extrême gauche) d'Andrzej Lepper obtient tout de même 10 % et la Ligue des familles polonaises de 8 à 10 %.

Au cours des seize années écoulées depuis la chute du régime communiste, aucun gouvernement n'a été reconduit par les urnes et le scrutin d'aujourd'hui — le premier depuis l'adhésion à l'Union européenne — n'a pas dérogé à la règle. Affaibli par une série d'affaires de corruption, le SLD, au pouvoir depuis quatre ans, s'était résigné à une lourde défaite face à la Plate-forme civique et à Droit et justice.

Les deux formations de centre-droit victorieuses hier, la PO et PiS, seront de nouveau opposées le 9 octobre pour le premier tour de l'élection présidentielle, dont Donald Tusk (PO) est donné favori.