L'AIEA se prononce aujourd'hui sur un texte très critique envers l'Iran

Le directeur général Mohamed el-Baradeï au siège viennois de l’agence onusienne jeudi.al Mohamed el-Baradeï au siège viennois de l’agence onusienne jeudi.
Photo: Agence Reuters Le directeur général Mohamed el-Baradeï au siège viennois de l’agence onusienne jeudi.al Mohamed el-Baradeï au siège viennois de l’agence onusienne jeudi.

Vienne — L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) doit se prononcer cet après-midi sur une résolution européenne condamnant l'Iran, qui ne demande pas la saisine du Conseil de sécurité de l'ONU à ce stade, mais établit les conditions d'un transfert ultérieur.

Alors que les Iraniens menacent, le conseil des gouverneurs de l'AIEA, réuni depuis lundi à Vienne, a finalement décidé hier soir de se réunir aujourd'hui à 13h GMT pour «prendre une décision sur le projet européen», a indiqué une diplomate proche de l'agence.

Il n'a pas été précisé si les Européens demanderaient un vote, faute d'obtenir l'unanimité. Ils disposent d'une majorité au sein des 35 États membres.

L'ajournement de la session peu avant 20h GMT a été précédé de batailles de procédure.

Les Britanniques, qui ont présenté la résolution de l'UE, ont finalement eu gain de cause sur les pays du mouvement des non-alignés (MNA) qui voulaient attendre jusqu'au prochain conseil des gouverneurs, le 24 novembre, pour se prononcer.

La résolution rédigée par l'Allemagne, la France et la Grande-Bretagne (UE3), ne demande pas expressément la saisine du Conseil de sécurité à ce stade, mais elle établit les conditions d'un transfert ultérieur, selon une copie du texte obtenue par l'AFP.

La résolution de l'UE affirme que «la politique de dissimulation de l'Iran a conduit à de nombreux manquements et violations de ses obligations» concernant les garanties, ce qui constitue un «non-respect» du Traité de non-prolifération (TNP). Elle avait préparé d'abord cette semaine une version plus dure qui prévoyait expressément d'informer d'emblée le Conseil de sécurité, sans toutefois parler de sanctions éventuelles.

L'UE, qui a dans l'affaire le soutien marqué des États-Unis, reproche notamment aux Iraniens d'avoir repris depuis août la conversion d'uranium au mépris des exigences de l'AIEA.

Au cours de la semaine, la Russie a en particulier exprimé son opposition aux différents projets européens, lesquels ne mentionnent pas l'hypothèse de sanctions internationales ultérieures.

Moscou, Pékin et les non-alignés ont souligné vouloir que le dossier reste à l'AIEA et ne soit pas transféré à l'ONU à New York, mais sans pour autant approuver les activités liées à l'enrichissement d'uranium en Iran.

La Russie construit la première centrale nucléaire de l'Iran. La Chine est un gros acheteur de pétrole iranien.

L'UE préférerait une décision à l'unanimité, comme c'est la tradition à Vienne, plutôt qu'un vote divisant l'AIEA, avaient déclaré des diplomates occidentaux hier.

Les Iraniens avaient auparavant souligné hier qu'ils considéraient comme une «confrontation» les différents projets européens: «Dans les deux textes, il y a une référence et une place pour le Conseil de sécurité», a déclaré Javad Vaidi, un responsable de la sécurité nationale iranienne à la presse à Vienne.

L'Iran s'apprête à notifier par écrit à l'Agence atomique qu'il va procéder à l'enrichissement d'uranium, en cas d'adoption de la résolution européenne, selon un diplomate proche de l'AIEA.

Le protocole additionnel au Traité de non-prolifération (TNP) prévoit des inspections plus poussées et plus inopinées que dans le seul TNP. Téhéran a signé ce protocole, qu'il n'a pas ratifié mais qu'il affirme appliquer à la lettre. Ces derniers jours, les Iraniens ont menacé de se retirer du TNP ou d'appliquer des restrictions sélectives à ses exportations de pétrole.

Les non-alignés, à l'instar de l'Inde ou de l'Algérie, préfèrent garder à Vienne le dossier iranien et ils notent que le TNP autorise l'enrichissement à des fins pacifiques.

Les Occidentaux exigent davantage d'explications sur les activités passées et présentes des Iraniens pour prouver qu'il n'y a pas de visées militaires.