Nucléaire : de bonnes et de mauvaises nouvelles

Depuis une semaine, deux «grosses» nouvelles ont été rapportées en ce qui concerne la prolifération nucléaire, un sujet qui n'avait été qu'effleuré lors du récent sommet des Nations unies.

D'abord, la mauvaise nouvelle: samedi dernier, l'Iran a durci le ton. Puis, la bonne: le surlendemain, la Corée du Nord, cet autre «paria» international, a adouci le sien.

Le problème, c'est que les efforts déployés pour convaincre ces deux membres de l'«axe du mal» de renoncer à toute activité pouvant mener à la production de bombes atomiques ont toujours évolué à la façon de montagnes russes.

Parlant aux Nations unies samedi dernier, au lendemain du sommet, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a défendu la décision récente de son pays de transformer son minerai d'uranium, affirmant disposer du «droit inaliénable» de le faire.

Le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), qui date de 1968, permet aux cinq grandes puissances de l'époque de garder leurs armes nucléaires (tout en promettant d'oeuvrer à leur élimination) et interdit à tout autre signataire de tenter d'en acquérir. Mais il permet à tous de développer une industrie nucléaire civile sous surveillance.

Après le discours jugé agressif du leader iranien, la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni, qui négocient depuis bientôt deux ans avec la république islamique, ont menacé de traîner cette dernière devant le Conseil de sécurité, comme le souhaitent d'ailleurs les États-Unis.

Poursuivre le dialogue

Le directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA, la police de l'industrie nucléaire), Mohamed el-Baradeï, a plaidé en faveur de la poursuite du dialogue euro-iranien, qui vise à convaincre Téhéran d'utiliser du combustible fourni par d'autres pays s'il tient absolument à produire de l'électricité d'origine nucléaire.

Les trois pays européens ont annoncé jeudi qu'ils renoncent pour le moment à saisir le Conseil de sécurité. Il y a à cela une raison évidente: une résolution en ce sens n'aurait pas fait consensus parmi les 35 gouverneurs de l'agence.

La Chine, dont l'appétit en hydrocarbures est insatiable, a notamment intérêt à entretenir de bonnes relations avec tous les producteurs de pétrole et de gaz, et elle n'est pas seule dans cette situation. Téhéran a déjà brandi l'arme du pétrole pour influencer certains pays membres de l'agence. Des responsables iraniens l'ont encore fait mardi.

En novembre 2003, Paris, Londres et Berlin avaient entamé leurs négociations avec l'Iran après qu'il eut été révélé que ce pays avait déjà dissimulé des activités nucléaires à l'AIEA. À la même époque, il avait été allégué que l'Iran comptait parmi les clients d'un réseau de trafic de technologie nucléaire opérant à partir du Pakistan.

Téhéran s'était alors engagé à suspendre toutes ses activités de transformation de l'uranium. En août, le régime iranien a mis fin à ce moratoire en procédant au retraitement du minerai, sans toutefois procéder à l'étape subséquente de l'enrichissement.

Tout en acceptant à la rigueur qu'il le fasse avec du combustible importé, les États-Unis se demandent pourquoi l'Iran tient à produire de l'électricité au moyen de réacteurs nucléaires alors qu'il regorge de pétrole. Téhéran dit vouloir diversifier ses filières énergétiques. Aux prix actuels, le pays des ayatollahs a peut-être intérêt à vendre un maximum de pétrole plutôt que d'en brûler dans des centrales thermiques.

«Les pays occidentaux craignent que l'Iran n'accélère son programme nucléaire», profitant d'une certaine position de force créée par le chaos dans l'Irak voisin, croit T. V. Paul, politologue à l'université McGill. Cet universitaire juge possible que Téhéran ait l'intention de se doter de l'arme nucléaire, malgré ses dénégations, mais surtout dans un but de dissuasion, selon lui.

Le cas coréen

La tension a baissé dans le dossier nucléaire nord-coréen. Dans une déclaration conjointe avec cinq pays associés au dossier, le régime de Pyongyang se disait prêt, lundi, à démanteler les armes atomiques qu'il possède et disait renoncer à en fabriquer de nouvelles. Le lendemain, il posait toutefois comme condition la livraison au préalable d'un réacteur à eau légère.

La crise a éclaté en octobre 2002, quand des responsables du régime ont reconnu devant un diplomate américain l'existence d'un programme d'armements nucléaires, ce qui contrevient à une série d'engagements pris en 1994. Dans la foulée, le régime s'est vanté à quelques reprises de posséder des bombes, ce que les services de renseignement américains tendent à confirmer.

Une série de pourparlers ont été entamés entre Pyongyang, les États-Unis, la Corée du Sud, la Russie, la Chine et le Japon à partir d'août 2003. Ces négociations ont été rompues en février dernier quand la Corée du Nord s'est retirée du TNP. Retour à la table en juillet et août, avec des résultats mitigés.

Ce qui paraît nouveau depuis lundi, c'est la clarté à la fois du «renoncement» nord-coréen et de la promesse américaine de ne pas attaquer le petit pays asiatique.

La perspective d'une Corée du Nord nucléarisée fait surtout craindre un transfert de technologie vers des groupes terroristes. Compte tenu de la pauvreté extrême du pays, le régime pourrait se laisser tenter.

En fait, «les six pays qui prennent part aux pourparlers ont intérêt à ce que la tension baisse, et ils ont désespérément tenté de conclure un accord. Ils ont délibérément opté pour une formulation vague et sujette à interprétation», selon Park Kyung-Ae, professeur de science politique à l'université de la Colombie-Britannique.

Cette spécialiste de l'Extrême-Orient note que la Corée du Sud tient particulièrement à voir baisser la tension dans la péninsule afin d'y faire revenir les investissements étrangers.

Dans son document de consensus, le récent sommet des Nations unies (du 14 au 16 septembre) s'était contenté d'une brève allusion au risque que pose la possession d'armes nucléaires par certains régimes et leur transfert éventuel à des organisations terroristes.

Toute référence au démantèlement des arsenaux existants a disparu au cours des négociations qui ont précédé la rencontre.

Or la Russie et les États-Unis possèdent encore des milliers d'ogives nucléaires, déployées ou stockées, même s'il est question d'en réduire le nombre de moitié d'ici 2012.

Par ailleurs, le traité d'interdiction complète des essais nucléaires (TICE), signé à New York le 24 septembre 1996, n'est pas encore en vigueur parce que plusieurs pays, dont les États-Unis, tardent à le ratifier ou refusent de le faire.

Dans un éditorial mercredi, l'International Herald Tribune notait à ce sujet: «Washington se trouve ainsi en compagnie de Pyongyang et Téhéran, une situation ironique compte tenu du rôle historique qu'ont joué les États-Unis dans l'élaboration du traité.»