Vers la première expropriation d'un fermier blanc en Afrique du Sud

Johannesburg — Un fermier blanc sud-africain va prochainement recevoir un avis d'expropriation, une première depuis le lancement, il y a onze ans, d'une réforme agraire visant à corriger les déséquilibres hérités du passé, mais de plus en plus critiquée pour sa lenteur.

À l'issue de deux ans et demi de discussions infructueuses entre le gouvernement et le propriétaire d'une ferme de 500 hectares située dans la province de North West, la Commission sur la restitution des terres a annoncé hier le lancement d'un processus d'expropriation.

Selon M. Mphela, commissaire pour les demandes de restitution dans le North West, cette décision surrvient après l'échec des discussions entre l'exploitant agricole, qui réclamait trois millions de rands (580 000 euros), et le gouvernement, qui offrait 1,75 million de rands (340 000 euros).

Cette demande de restitution avait été déposée par les descendants des anciens propriétaires de la ferme qui avaient été «contraints» de la vendre dans les années 40 et n'avaient pas reçu de compensation «juste et équitable».

«En Afrique du Sud, où la dépossession des Africains a été plus brutale et plus complète que dans n'importe quelle autre région, la majorité de la population rurale n'a pas encore goûté aux fruits de la libération», a ajouté M. Mphela, estimant que «certains propriétaires terriens ont toujours une attitude qui rappelle celle du gouvernement blanc de l'apartheid».

Le fermier concerné, Hannes Visser, a immédiatement indiqué qu'il jugeait la demande de restitution infondée et était prêt à aller en justice pour défendre ses droits.

«Je n'accepte pas cette demande de restitution de ma terre et ne peux être contraint de vendre au prix fixé par le gouvernement», a-t-il déclaré à l'agence Sapa.

Interrogé par l'AFP, Lourie Bosman, président d'Agri SA, principal syndicat de fermiers, a mis en garde contre les «conséquences» éventuelles d'une telle décision, susceptible, selon lui, d'avoir «une incidence sur l'investissement local et étranger dans le secteur agricole».

Le programme de restitution est l'un des volets de la réforme agraire mise en place après les premières élections multiraciales de 1994. Il repose sur la restitution des propriétés foncières confisquées après 1913 en vertu de lois ségrégationnistes ayant transféré près de 90 % des terres à la minorité blanche.

Le gouvernement espère redistribuer 30 % des terres agricoles aux Noirs d'ici 2014, un objectif jugé quasi unanimement hors de portée en raison des faibles avancées réalisées à ce jour.

La redistribution des terres est un sujet très délicat en Afrique du Sud, ses opposants agitant régulièrement le spectre d'un scénario «à la zimbabwéenne», où une réforme agraire menée dans la précipitation et la violence a entraîné une chute vertigineuse de la production agricole.